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La Chrysalide by Sayed el Fassi - HTML preview

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1

SAYED EL-FASSI

La Chrysalide

« On est bien peu de chose... » (l'auteur)

2

3

à Pierre...

4

5

L.H.C

Le 30 Mars 2010, précisément à 13 heures, de grands

applaudissements retentissent dans les hauts parleurs du C.C.C.

(Centre de Contrôle du C.E.R.N.). En effet, c'est un grand jour

pour la communauté des physiciens qui attendent ce moment

depuis 20 ans. Le L.H.C. (Large Hadron Collider)0 vient de réussir

sa mise en service et les deux flux de protons et d'anti-protons se

sont rencontrés dans les quatre détecteurs, répartis le long des 27

kms de circonférence de l'accélérateur, à une énergie de collision

de 7 Tev (Tera-Electron-volt)1. Cet événement marque le début

d'une période riche en découvertes pour les spécialistes qui

espèrent ainsi dans les cinq années à venir, obtenir des réponses à

certaines des questions les plus brulantes de l'époque :

* L'univers est-il supersymétrique2 ?

* Le boson de Higgs3 existe t-il ?

* Y a t-il des dimensions repliées4 ?

* Que signifie le principe Holographique5 ?

* De quoi est faite la matière noire6, représentant 25% de la

masse totale de l'univers, responsable de la cohésion (donc,

l'existence) des galaxies.

* Par quelle particule fantomatique est véhiculée la

0 ht

tp://public.web.cern.ch/public/Welcome-fr.html

1 1 Tev = 1012 eV = 1,60217733,10-7 J

2 ht

tp://fr.wikipedia.org/wiki/Supersym%C3%A9trie

3 ht

tp://fr.wikipedia.org/wiki/Boson_de_Higgs

4 ht

tp://public.web.cern.ch/public/fr/science/dimensions-fr.html

5 ht

tp://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_holographique

6 ht

tp://fr.wikipedia.org/wiki/Mati%C3%A8re_noire

6

fantastique énergie noire7, responsable du freinage ou de

l'accélération de l'expansion de l'univers, et qui représente

70% de la masse totale. Elle se comporte comme une sorte

de fluide dynamique qui emplit tout l’espace, mais dont les

effets sur l’expansion de l’Univers sont opposés à ceux de

la matière sous toutes ses formes. Certains physiciens la

désignent sous le terme de quintessence, en hommage au

cinquième élément cher aux philosophes de l’ancienne

Grèce. Une entité dynamique variant dans l’espace et dans

le temps.

* Comment se comporte la matière au début du

BigBang7bis.

Mais, avant d'obtenir des réponses à toutes ces questions, il faut

d'abord redécouvrir les forces et particules du modèle standard de

la physique, et, augmenter progressivement l'énergie de la

machine jusqu'à sa puissance maximale de 14 Tev.8 Il ne faut donc

pas attendre de grande publication avant une période de deux à

cinq ans.

En tout cas, c'est ce que pense le jeune professeur en physique

Hadi al-Jamil qui vient de se voir proposer le poste

d'astrophysicien à l'Observatoire de Meudon. Grand, mince,

malgré ses 28 ans, les cheveux déjà grisonnants sur les tempes, et

des yeux d'un bleu gris qui ont longtemps fait « craquer » ses co-

doctorantes. D'ailleurs, il en a usé et abusé et sa thèse en a

souffert, Nathalie aussi...

En cet instant, il pense qu'il a une chance extraordinaire de

disposer de ce fantastique instrument qu'est le L.H.C. qui aura,

dans un an, la possibilité d'atteindre les énergies qui existaient lors

7 ht

tp://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89nergie_sombre

7bis http://fr.wikipedia.org/wiki/Big_Bang

8 14 Tev = 22,43 10-7 J = l’énergie d’un moustique en plein vol mais dans un

volume plusieurs milliards de fois plus petit qu’un moustique !!

7

de la création de l'univers et de pouvoir en découvrir les secrets...

Mais, d'ici là, il reste beaucoup de chemin à parcourir et les

quelques mois ou années qui arrivent vont plonger les théoriciens

dans une longue attente car les modèles en cours doivent obtenir

certaines vérifications de base pour être acceptés ou rejetés.

Cette proposition de poste tombe très bien car, il vient à peine de

s'installer dans un modeste appartement situé en bordure du

Synchrotron de Gif-sur-Yvette. Sa copine Nath doit l'y rejoindre.

Pour le moment, elle réside encore pour deux mois et demi à la

résidence universitaire du campus d'Orsay.

Zahed Darwich, étudiant de 25 ans à l'IDUP (Institut de

Démographie de l'Université Paris 1), sort de chez ses parents

propriétaires d'un petit pavillon sur les bords de marne pour

rejoindre Annabelle. Il aime faire ce parcours à vélo, le long des

berges jusqu'à Joinville-le-Pont où sa copine a loué un petit studio,

le temps d'obtenir son Master professionnel de journalisme. Elle

n'est pas originaire de la région parisienne, ses parents habitent

Marseille, mais elle avait envie de mettre de la distance entre eux

en s'inscrivant à la Sorbonne.

Il monte la côte de Joinville et s'arrête au 17 de la rue de PARIS.

Il prend l'ascenseur car, aujourd'hui, la côte lui a suffi...

Annabelle ouvre la porte et le laisse entrer sans faire vraiment

attention à sa présence... cela change des autres jours où elle lui

avait littéralement sauté au cou.

Zahed est inquiet et demande :

Qu'y-a-t-il ? Un problème ?

Oui, répond-elle, la conférence de cet après-midi m'a rendue

perplexe... assieds-toi, je vais t'expliquer :

Le thème de la conf était « évolution de la fertilité des pays

industrialisés ». Sur les 20 dernières années les courbes sont

inquiétantes. Elles traduisent une régression de la fertilité

8

masculine et à un rythme régulier qui fait qu'aujourd'hui, la

quantité de spermatozoïdes a diminué de plus de 50% . A cela, il

faut bien sûr ajouter le fait que les femmes font un enfant de plus

en plus tard et donc, leurs taux hormonaux sont également en

baisse, ce qui renforce le problème. Et puis, il y a les causes

environnementales (pesticides, métaux lourds, etc...) qui doivent

êtres, comme pour les hommes, responsables de quelques

dérèglements... Evidemment, on pourrait penser en première

intention que cela constitue une bonne chose si l'on tient compte

des problèmes rencontrés par les sociétés à tous les niveaux de

leur gestion mais cela devient plus inquiétant du simple point de

vue de l'espèce humaine et de son évolution.

–Et alors, si on commençait par en faire un ?

–Un quoi ?

–Un enfant.

Zahed réussit à faire apparaître un sourire sur les lèvres

d'Annabelle.

Pendant ce temps, une jeune étudiante de nationalité chinoise, Li

Yang, travaille dans sa minuscule chambre de la résidence

universitaire sud du plateau d'Orsay, à la rédaction de sa thèse en

« Biologie de la Reproduction », sujet qu'elle étudie depuis quatre

ans déjà alors qu'elle n'a que 26 ans. Quand elle quitte sa chambre

pour rejoindre son laboratoire, elle traverse le petit bois pentu qui

est à flanc de coteau. Elle affectionne particulièrement ce trajet

parsemé de crocus qui embaument l'atmosphère d'un parfum subtil

qui lui rappel le jardin de sa maison en chine. Elle se promet

d'économiser pour y retourner en Août. Déjà quatre longues

années qu'elle n'a pas revu son père...

Elle sait combien il est fier d'elle et combien elle doit lui manquer

mais elle ne pourra jamais y retourner pour s'y installer car la

chine est un pays ou l'homosexualité n'a pas sa place. En France

9

c'est différent, elle vit comme elle l'entend et personne n'a jusqu'à

lors porté un jugement négatif quant à ses fréquentations. Elle

s'efforce de chasser sa tristesse et hâte le pas mais la montée

l'essouffle un peu. il est déjà 9 heures 15 !

Elle franchit la porte de son labo puis comme chaque jour, allume

son PC pour consulter ses mails et les dernières nouvelles du jour.

Parmi ces nouvelles, une attire particulièrement son attention

puisqu'il s'agit d'un article concernant l'évolution de la natalité de

ces 10 dernières années dans les pays industrialisés. Et les

conclusions de l'auteur, un certain Z. Darwich, semblent de

mauvaise augure, les sociétés sont de plus en plus vieillissantes...

Elle a déjà quelques idées sur la question mais, il lui reste à

obtenir son diplôme et de nombreuses années de recherche pour

parvenir au but quelle s'est fixé...

10

Rencontres

En cet après midi du mois de juin 2013, Zahed Darwich,

Maître de conférence à la Sorbonne, participe à un congrès sur la

démographie mondiale, dont la baisse aborde un seuil critique.

Il vient de quitter sa femme, Annabelle, placée dans une maison de

repos à la suite d'une dépression nerveuse. Leur petite Léa, âgée de

quatre mois, a été victime de la mort subite du nourrisson,

Annabelle ne s'en remet pas. Lui s'est plongé dans le travail,

multipliant ses conférences et les déplacements à l'étranger. Il se

sent plutôt lâche mais devant la tristesse d' Annabelle, il s'avoue

impuissant et sait que leur vie commune ne sera plus comme

avant. Déjà six mois se sont écoulés et ses craintes se confirment.

Il regarde sa montre encore une fois, puis le tableau d'affichage

« TORONTO VOL 13675 retardé ». Il aurait dû être dans l'avion à

cette heure-ci, la perspective d'attendre encore deux heures dans

cet aéroport le met de mauvaise humeur... Il n'a pas eu le temps de

se raser, la fatigue lui donne un teint blafard. Il regarde autour de

lui mais ne voit personne avec qui il aimerait discuter.

Il s'approche de la baie vitrée qui fait face aux pistes, ce qu'il voit

lui procure un certain malaise.

Le ciel est d'un gris-jaune pâle avec de gros nuages sombres qui

filent à toute allure. Une légère brume semble descendre vers le

sol, il sait qu'il s'agit d'un mélange de gaz carbonique et de

méthane qui stagne en permanence, fruit de l'activité humaine.

D'après les experts, la diversité biologique est menacée et cela

semble les intriguer fortement.

Quant à l'espèce humaine, elle se prépare au pire et le pessimisme

11

règne car les préoccupations à court terme des sphères politiques

et des consortiums industriels ne permettent pas d'enclencher les

changements de comportement préconisés par le GIEC

(Groupement International d'Etude du Climat).

Un peu attristé par ses pensées, il décide de se rendre au kiosque à

journaux. Quelques titres anglais puis français attirent sont regard

et, intrigué, il prend une revue scientifique qui titre :

« La Quintessence ».

Cette énergie, dit l'article, représente 70% de toute la masse-

énergie9 de l'univers et est responsable, depuis 6 milliards

d'années, de l'accélération de l'expansion de l'univers, s'opposant à

la gravitation.

L'article énonce les diverses hypothèses avancées pour expliquer

son origine (vide, dimensions repliées...) puis explique que cette

énergie n'est pas fixe et semble avoir évoluée plusieurs fois dans le

passé de l'univers, de la période d'inflation10 jusqu'à nos jours.

Il parcourt rapidement la suite de l'article et regarde le graphique

sur la page de droite sous lequel est inscrit :

« Courbe d'évolution de l'énergie noire depuis la naissance de

l'univers ».

La page se finit par une brève conclusion, suivie de la signature de

l'auteur, un certain H. al-Jamil, astrophysicien à l'Observatoire de

Meudon.

Zahed repense aux livres de son adolescence qui traitaient de

science fiction mais les études qu'il a choisies l'ont éloigné de ce

domaine...

Enfin, c'est l'heure du départ. Il prend place dans l'avion près d'un

9 Energie = Masse x C2

10 Période de croissance exponentielle du volume de l'univers juste après le

début de son expansion (10-35 sec)

12

hublot. Il est 15 heures, il doit atterrir à Toronto vers 23 heures 30.

Avant le décollage, il envoie un SMS pour prévenir la réception de

l'hôtel de son arrivée tardive puis il allume son portable et consulte

ses derniers mails, rien de bien important. Bien qu'il ait emporté

un livre traitant des écosystèmes, l'envie lui vient de rechercher sur

le réseau des informations sur l'auteur de l'article, le professeur

al-Jamil...

Hadi al-Jamil est un jeune éminent chercheur en Astrophysique

qui travail à l'observatoire de Meudon. Il est à l'origine de travaux

majeurs dans le domaine de la physique théorique et il a déjà

publié un grand nombre d'articles dans tous les domaines clés de

cette discipline (Théorie M, Traque du Boson de Higgs,

Gravitation Quantique à Boucles, Structuration de l'univers à

grande échelle, Modèle fractal autosimilaire des structures de

l'espace-temps...)

Tout cela lui paraît être tout à fait mystérieux sauf le dernier lien

qui parle de modèle fractal autosimilaire car, il a eu l'occasion de

prendre quelques cours de mathématiques traitant de ce sujet dans

son propre cursus universitaire. Il choisit donc de consulter cette

page...

Le vol s'est déroulé sans incident et, quelques heures plus tard, il

arpente le grand couloir circulaire du palais des congrès où il va

délivrer aux responsables de ce pays l'état des lieux du monde qui,

au delà des problèmes liés à la diminution de la natalité et à

l'augmentation de l'espérance de vie, a de plus en plus de mal à

gérer les désordres liés à sa croissance...

La conférence a été éprouvante car s'il était facile d'énumérer les

désordres de la planète il était plus difficile d'entrevoir les

mécanismes permettant un rééquilibrage et une régulation des

13

activités humaines. De retour à l'hôtel, il prend une douche et

s'allonge sur le lit. Il repense à l'article, lu dans l'avion...

Un mois plus tard, le 15 Juillet, l'aéroport de Genève paraît

presque désert. Il faut dire que le plus grand congrès annuel

d'astrophysique est en cours depuis une semaine et que seuls les

couloirs et amphithéâtres du congrès fourmillent de chercheurs et

de journalistes. Zahed commande un taxi et indique sa destination

au chauffeur : Palais des congés PALEXO. Il a réservé une

chambre à l'hôtel CROWNE PLAZA, agrémenté d'un grand patio

propice à la détente et à la discussion ainsi qu'un service de

restauration fort apprécié des congressistes.

A son arrivée dans le hall de l'hôtel, il se dirige vers le panneau

d'affichage du programme des salles de congrès du palais et

parcourt la liste des thèmes abordés :

•Salle 1+2 : Congrès d'Astrophysique dirigé par le professeur al-

Jamil.

•Salle 3 : Congrès sur l'avancée des techniques de Reproduction

dirigé par le professeur Li yang.

•Salle 4 : Congrès sur l'évolution de la Démographie mondiale

dirigé par le Professeur Zahed Darwich.

Quelle coïncidence ! Il vient de lire un dossier sur le professeur et

celui-ci est en congrès à Genève en même temps que lui !

Cela ne le surprend pas vraiment car, toute sa vie, il a observé que

des évènements sans rapport semblaient en fait reliés par de

mystérieux fils... Il en était ainsi de ce que l'on dénommait « La loi

des séries » et, plus subtilement encore, d'enchainements

d'évènements qui apparaissaient liés par quelque mystérieuse loi

de cause à effet.

Il se rend au comptoir de l'accueil et se présente à l'hôtesse afin

14

d'obtenir la clef ainsi que le numéro de la chambre qu'il a réservée

depuis Paris. Puis, l'envie lui prend de s'informer de la présence du

professeur al-Jamil dans cet hôtel et réussit par quelques sourires

dont il a le secret à obtenir son numéro de chambre, qu'il note

précieusement.

Sa chambre est spacieuse, équipée d'un grand lit, d'un espace

détente en angle et d'un bureau qui fait face à un écran Oled de

grande taille, fixé sur le mur. A droite du lit, un espace repas est

aménagé avec micro-onde, réfrigérateur et mini bar. Bref, du

classique mais avenant et fonctionnel. Il faut dire que les habitués

de cet endroit ont plus l'habitude de préparer leurs exposés à l'aide

de leurs portables que de contempler la décoration des lieux...

Zahed remarque quand même un TransPod central qui permet de

diffuser des programmes audio et vidéo dans toutes les langues et

par lequel transitent tous les services de l'hôtel (étages, cuisines,

réception, courrier, téléphonie, internet, laverie, spa, massages,

activités physiques, etc...).

Il décide de se détendre un peu avant d'aller dîner et commence

par se glisser dans un bain à remous après s'être servi un verre de

vin français.

La grande salle du restaurant est encore relativement déserte mais

il a l'habitude de dîner tôt et ce soir, il a décidé d'arriver en avance

pour s'installer à une table bien située, face à l'entrée, entourée de

cyprès qui ménagent un espace agréable à l'abri de l'agitation que

connaît cet endroit en période de congrès, ainsi, il pourra

discrètement repérer le professeur, au cas où il choisirait de dîner

ici ce soir.

La salle se remplit lentement, ce qui lui laisse tout le temps de

savourer l' antipasti qu'il a choisi et de surveiller l'entrée. 45

minutes s'écoulent, il commence à se dire que le professeur est

parti dîner en ville quand un groupe de 5 personnes se présente à

15

la porte du restaurant en étouffant quelques rires discrets.

Zahed pousse un petit soupir de satisfaction car il reconnaît tout de

suite la grande silhouette de Hadi al-Jamil qui précède une grande

et belle jeune femme aux longs cheveux noirs. al-Jamil s'adresse à

l'hôtesse puis regarde en direction de Zahed en acquiesçant. Les

cinq convives se dirigent vers une grande table à droite de la

sienne et s'installent.

Zahed commande une entrée mixte de charcuterie et de légumes

frais ainsi qu'une demie bouteille de chablis. Furtivement, il

observe la table voisine. Il sait déjà que la belle jeune femme qu'il

a entrevue à l'entrée n'est autre que l'amie du professeur et qu'elle

se prénomme Nathalie.

Parti dans ses pensées, il n'aperçoit pas la jeune femme asiatique

qui s'approche de sa table en lui tendant la main « Monsieur

Darwich ? ». Il lève la tête en souriant, répond « Bonsoir, que

puis-je pour vous ? ».

Oh, professeur, excusez-moi de vous déranger pendant votre dîner

mais j'ai appris en arrivant à Genève que vous étiez ici pour un

congrès. Comme je m'intéresse à vos travaux, je me suis promis de

vous rencontrer et ma foi, aucun lieu ne m'a paru plus propice à la

conversation. Mais permettez moi de me présenter : Professeur Li

yang, spécialiste des questions de natalité et de reproduction. Me

permettez-vous de m'assoir à votre table ?

Zahed était ravi de partager ce moment avec une si jolie femme,

qui plus est, experte en reproduction, il ne pouvait résister à son

charme...

Bien sûr professeur Li ! Je me souviens d'avoir lu votre nom sur le

panneau d'affichage central... Je vous en prie, prenez place, puis-je

vous offrir un apéritif ? Sans attendre la réponse, Zahed héla

discrètement un serveur et jeta un petit coup d'œil à la table de

droite : Le professeur était toujours là...

La conversation dépassa le stade de l' apéritif, ils en étaient au

16

repas. Le courant passait véritablement bien entre eux.

Cette jeune chinoise était passionnante ! Surtout son grand projet.

Quel espoir... Il ressentit un petit pincement au cœur car il pensa à

Annabelle et se promit de lui en parler dès le lendemain.

Li était une jeune femme très attachante et directe. Zahed lui avait

parlé des difficultés qu'ils avaient Annabelle et lui pour faire un

enfant. Cette spontanéité lui avait permis de s'exprimer librement.

Elle lui avait ainsi confié son homosexualité qui, sans être à

l'origine de ses recherches, n'en était certainement pas totalement

éloignée...

De retour dans le grand hall de l'hôtel, ils s'échangèrent leurs mails

et se souhaitèrent bonne fin de congrès.

Zahed en entrant dans sa chambre se dit qu'il avait loupé le

professeur mais qu'il ne regrettait rien car ces moments avaient été

non seulement agréables mais, en plus, riches d'espoir pour

l'humanité toute entière.

Il jeta un coup d'œil à sa montre : 23 heures 15... il était trop tard

pour appeler Annabelle mais il le ferait demain, en fin de matinée.

Il s'approcha du transPod et demanda la chambre 493. Une voix

fluette qu'il reconnu tout de suite décrocha « oui ? »

-Bonsoir mademoiselle Yang, ici Zahed Darwich. J'espère que je

ne vous dérange pas...

Je vous ai parlé de mon désir de rencontrer le professeur al-Jamil

mais je ne sais pas trop comment l'aborder alors, je me suis dit que

vous pourriez peut-être m'y aider...

-Ah oui, c'est le physicien... je dois vous avouer que moi aussi, j'ai

très envie de discuter avec lui car l' exobiologie est mon autre

passion et je me demande si nous arriverons un jour à parcourir

l'immensité de l'espace qui nous sépare des autres systèmes

17

planétaires. Et vous, que lui voulez-vous ?

-Eh bien, ce n'est pas bien défini mais, il est, je crois, un

spécialiste de la structure de l'univers et, il y a une dizaine

d'années, j'ai assisté à des phénomènes étranges dont je n'ai

toujours pas l'explication et je pense que le grand physicien qu'il

est pourrait m'aider à y voir plus clair...

Je vois que nos intérêts convergent alors je vous propose que vous

l'invitiez à se joindre à nous pour un dîner, j'ai remarqué que

Monsieur al-Jamil était sensible à la compagnie des belles

femmes, comme vous avez dû le constater ce soir...

Li pris quelques instants de réflexion et dit : Ok ! Je vais tenter

une approche demain à son congrès auquel j'ai décidé d'assister et

je vous tiendrai au courant.

-Maintenant, permettez-moi de vous souhaiter une bonne nuit.

-Merci, je vous souhaite également une excellente nuit, à demain !

Il eût beaucoup de mal à trouver le sommeil car son cerveau était

en effervescence mais il se leva suffisamment tôt car il voulait être

en forme pour appeler Annabelle en fin de matinée.

Il déjeuna en terrasse, pris un long bain à remous et commanda un

taxi pour le L.H.C., situé à Meyrin, au nord ouest de l'hôtel, car il

désirait se promener dans le hall de présentation de cette

fantastique machine dont il avait tant entendu parler...

De retour à l'hôtel vers 11 heures 30, il décida d'appeler sa femme

et demanda au transPod d'établir la liaison. Annabelle répondit

d'une voix atone :

-Allo !, qui est à l'appareil ?

18

-C'est moi dit Zahed content de l'entendre. Comment vas-tu

aujourd'hui ma chérie ? Je ne t'ai pas appelé hier car je suis rentré

trop tard et cela, pour une bonne raison. J'ai en effet rencontré une

Biologiste au congrès, spécialiste de la reproduction qui m'a fait

des révélations étonnantes et pleines d'espoirs pour nous deux.

Elle travaille sur un projet fou qui va révolutionner la reproduction

humaine dans quelques années. Il s'agit ni plus ni moins de la plus

grande évolution dans ce domaine depuis l'apparition de la vie. Il

faudra encore attendre mais je tenais à t'informer de ses travaux

qui représentent à mes yeux un grand espoir.

Sinon, j'ai également visité ce matin les installations du CERN et

du L.H.C., tu sais, le grand accélérateur de hadrons... C'est

vraiment très impressionnant et j'espère que nous pourrons y venir

ensemble dans quelques temps. Voilà ma chérie, à ton tour de me

dire...

Elle lui expliqua sa dernière séance de psychothérapie et termina

en lui disant qu'elle l'aimait, que ses propos lui faisaient beaucoup

de bien et qu'elle ferait tout pour remonter la pente. Un peu

rassuré, Zahed ferma la communication.

L'après-midi fut une séance de travail dans sa chambre et le temps

passa très vite, comme toujours dans ces moments là et, lorsqu'il

quitta son écran des yeux, il était déjà 19 heures. Il commençait à

se dire que la rencontre tant attendue ne serait pas pour ce soir

quand le transPod l'avertit que Mademoiselle Yang souhaitait lui

parler. Il acquiesça et la voix de Li envahit la chambre :

-Mon cher ami, j'ai une bonne nouvelle pour vous ! Le professeur

al-Jamil et son amie dînent avec nous ce soir. J'ai proposé 20

heures 30, j'espère que cela vous convient ?

-Oui ! Très bien ! Je vous en suis très reconnaissant !

19

-Permettez-moi de vous quitter car j'ai besoin de me rafraichir,

après une après-midi de travail bien remplie.

-Je vous propose de passer vous prendre à votre chambre à 20

heures 10. « D'accord ! », répondit-elle .

Sa douche ne fut pas si relaxante que ça, un flot de questions

envahit son esprit et il se lava d'une façon tellement automatique

qu'il se retrouva 15 minutes plus tard debout devant le miroir de la

salle de bain pour se sécher les cheveux.

De retour dans sa chambre, il enfila un pantalon de toile claire,

une chemise à fines rayures marron puis chaussa des baskets. Il

ajusta son bracelet transPod et passa une veste légère.

Li était prête et ils descendirent au restaurant, sans échanger le

moindre mot.

La salle était déjà bien remplie et après s'être inquiété de la

disponibilité de la table que son amie avait réservée, il tourna son

regard vers le fond et vit que le professeur et son amie étaient déjà

arrivés.

Hadi al-Jamil, se leva pour accueillir ses hôtes et présenta Nathalie

qui se leva à son tour avec un large sourire : Elle était presque

aussi grande que lui et avait des yeux noirs comme ses cheveux

qui lui donnaient un petit air mystérieux et envoutant. Li présenta

à son tour Zahed et tous les quatre prirent place autour de la table.

Professeur, je suis très content que vous ayez accepté ce dîner car

j'avais très envie de vous rencontrer et, sachant à quel point un

congrès peut solliciter un homme tel que vous, je n'osais pas vous

aborder... Alors, j'ai prié cette charmante personne, également

intéressée par vos travaux d'astrophysique, de vous proposer ce

dîner.

Hadi répondit que c'était un bonheur de rencontrer des gens aussi

charmants et surtout non physiciens car il allait enfin pouvoir se

20

détendre...

Le début du repas fut très agréable et chacun raconta son parcours

tant personnel que scientifique et ils exposèrent brièvement leurs

attentes.

Puis, Li et Hadi eurent une longue discussion sur les recherches de

vie extraterrestres et les possibilités de découverte d'autres

civilisations évoluées, pendant que Nathalie et moi étions absorbés

dans l'étude des conséquences à moyen et long terme du

vieillissement des populations. Elle était en troisième année de

l'école d'infirmières et son mémoire portait sur le traitement des

personnes âgées à domicile.

Malgré tout, je ne pouvais m'empêcher de prêter une oreille

discrète aux propos du professeur. Ce que j'entendais me faisait

revenir en mémoire mes longues nuits passées à la fenêtre du

grenier de chez mes parents, équipé d'un petit télescope, à

observer tout ce que ce modeste instrument me permettait

d'entrevoir (la Lune bien sûr mais également Jupiter Saturne et les

tâches solaires...).

Et puis, le moment du dessert arriva et je choisis celui-ci pour

poser ma question.

Cher professeur, vous allez peut-être être surpris par la question

que je vais vous poser mais, je vous demande de prendre tout votre

temps pour y répondre..

Que pensez-vous de la mort ?

Un grand silence se répandit autour de la table et tous les

convives, sauf Zahed, se regardèrent avec un air interrogateur.

Bien, finit par dire Hadi... Je me disais que ce repas était l'un des

plus sympathiques auxquels j'avais été convié ces derniers temps

mais je m'aperçois mon cher Zahed que vous avez décidé de briser

ce sentiment.

21

Mais, à tout bien considérer, je pense que votre question est en fait

« la grande question » que se pose tout homme et femme de cette

planète et tout scientifique digne de ce nom doit se la poser

également... sinon, à quoi sert-il ?

Eh bien, pour tenter d'y répondre, je dois me couper en deux. En

effet, le physicien ne peut rien en dire. En tout cas, rien de sûr et

les quelques hypothèses qui découleraient de théories récentes sur

la physique de l'univers ne me permettent pas d'en dire plus.

L'homme, comme vous je présume, a quelques idées sur la

question, en tout cas des espoirs qui lui permettent de supporter

toutes les atrocités que la vie nous réserve... Mais comment

l'exprimer, cela est une autre affaire ! Et je préfère de loin les

mathématiques.

Ce qui m'intrigue c'est que vous me posiez cette question. En quoi

un physicien tel que moi pourrait vous aider à y voir plus clair ?

En général, on s'adresse plutôt au philosophe ou à

l'ecclésiastique...

Hadi, permettez-moi de vous raconter une période de ma vie car

cela vous permettra de comprendre le pourquoi d'une telle

question.

L'année de mon BAC, je passais mes soirées de loisirs chez une

famille de rapatriés d'Algérie dont le père était resté au pays. Leur

maison était située dans un lieu tranquille, entouré d'eau, et il s'y

passaient d'étranges phénomènes...

Dans la quiétude du soir, tout le monde se réunissait autour d'une

table ronde au centre de laquelle était posé un verre retourné,

entouré des lettres de l'alphabet. La séance consistait à poser

légèrement un doigt sur le verre et à invoquer l'esprit d'une

personne vivante ou décédée. Au bout d'un moment qui semblait

varier fortement en fonction des personnes présentes, le verre

commençait à s'animer et à parcourir l'espace enfermé par les

lettres et ce, de plus en plus vite. Alors, chacun pouvait poser une

22

question à « l'esprit présent », qui nous répondait en faisant glisser

le verre en direction de chaque lettre de l'alphabet pour composer

sa réponse. Parfois, la question provoquait la colère de « l'esprit »

et les lettres volaient dans tous les sens. D'autres fois, le verre ne

bougeait pas. J'ai passé ainsi de très longues soirées toutes

différentes mais chargées en émotions... jusqu'à cette nuit où,

ayant invoqué mon propre père, que je ne connaissais pas mais qui

était vivant. J'ai vécu des heures de communication très riche en

informations qui m'ont conduit à le rencontrer et ainsi, à pouvoir

vérifier ce qui avait été dit cette nuit là.

Je me souviens aussi d'un autre phénomène auquel j'ai pu assister

à la même époque : Il consistait à effleurer une table avec

suffisamment de personnes et à se concentrer ensemble dans le but

de la faire bouger. Je peux vous dire que cela faisait un drôle

d'effet quand vous sentiez la table partir à toute vitesse sur un pied

et parcourir tout un couloir avant de cogner sur la porte d'entrée

alors que plus personne ne la touchait !

Or, si j'accréditais les faits troublants concernant mon propre père,

je devais aussi porter le même intérêt aux autres séances qui, elles,

s'adressaient à des personnes décédées et pour lesquelles mon

esprit critique ne trouvait aucune faille. Quand au déplacement de

table, celle-ci était si lourde que la soudaineté et la vigueur de son

déplacement me laissait à chaque fois tremblant d'émotion si ce

n'était de peur....

Quelques temps plus tard, j'ai expérimenté le champ de l'auto-

hypnose, ayant grand besoin de détente et relaxation et il m'est

arrivé un phénomène tellement étrange que je n'ai plus osé

recommencer. Ce jour là, je me suis comme d'habitude mis dans

un état d'hypnose par auto-suggestion et, en pleine séance, je me

suis retrouvé en dehors de mon corps, en train de me regarder,

allongé sur le lit. En fait, je n'étais pas vraiment localisé dans un

lieu précis de la pièce mais j'avais la perception « d'être » la pièce,

23

comme si ma conscience avait envahit tout l'espace disponible.

A ce propos, cela me rappel mes rêves d'enfance où je passai mes

nuits, libéré de mon corps et de l'apesanteur, à survoler les

bâtiments de la ferme de mes grands-parents et à tout voir « d'en

haut » avec un plein respect de l'orientation et de la conformation

spaciale des lieux ainsi « perçus ».

Alors voilà professeur, je suis malgré ces expériences, un

scientifique et je suis certain qu'il existe derrière tout ça une

grande vérité toute simple comme E=MC2, le principe de moindre

action ou la non séparabilité quantique et comme je ne veux pas

qu'un curé me dise ce qu'est le monde, je fais confiance au

physicien car lui, ne me trahira pas...

En somme, mon cher ami, vous me dites que les morts sont

toujours là et que la psychokinèse existe bel et bien...

Oui ! C'est à peu près ça.

Li se rappela d'un dossier quelle avait lut dans l'avion et dit :

Cela me fait penser à une autre classe de phénomènes tout à fait

curieux et inexpliqués, ceux déclarés par les couples de jumeaux

homozygotes qui semblent dans certaines circonstances, se

comporter comme des êtres corrélés quel que soit leur éloignement

physique ou temporel. Tout se passe pour eux comme si un canal

de communication permanent était ouvert entre eux.

Et vous, Nathalie, que pensez-vous de la mort car, vous la côtoyez

souvent dans votre activité professionnelle. Comment la percevez-

vous ?

Eh bien, chaque personne l'appréhende de façon particulière en

fonction de ses propres croyances alors, pour toutes ces personnes,

mon travail réside principalement dans l'accompagnement et le

respect de la dignité humaine mais, j'ai assisté dans quelques cas à

des suivis de réanimation critique et il semble que les gens aient

vécu la même chose, c'est à dire, un passage rapide dans un tunnel

vers une lumière intense.

24

Alors, certains disent qu'il ne s'agit que de phénomènes liés à

l'extinction du cerveau mais, moi, je suis persuadée qu'il y a

derrière ces récits, une grande vérité...

Oui, je le crois aussi... Hadi, en tant que démographe, je me

demande souvent si nous sommes seuls dans l'univers et je ne

crois pas beaucoup aux ovnis bien qu'il me soit arrivé deux

évènements troublants il y a une dizaine d'années. Le premier fut

une sphère d'un rouge vif, flottant dans l'air sans que je puisse

identifier sa nature et le deuxième fut l'observation d'ovnis en

forme de triangles dans le ciel qui passaient de la position

stationnaire à des vitesses fantastiques, sans aucun bruit.

Que penses-tu des extraterrestres...

Eh bien, l'homme aimerait bien qu'ils existent, même si cela

génère quelques craintes... mais, le système solaire a 4,5 milliards

d'années et l'on sait aujourd'hui qu'il a fallu plusieurs générations

d'étoiles pour fabriquer les éléments lourds nécessaires à la vie.

Or, l'age de l'univers visible n'est que de 13,7 milliards d'années.

Donc, si d'autres civilisations ont émergées, elle ne sont guère plus

vieilles que la notre et donc pas plus avancées pour les voyages

galactiques... Enfin, nous savons aujourd'hui que certaines

conditions, très spéciales de l'environnement de la terre, ont été

nécessaires pour que la vie se développe sur une durée suffisante

pour rendre l'émergence d'une civilisation évoluée possible

(distance terre-soleil, présence de la lune, présence des grosses

planètes comme Jupiter, apport d'eau et de pré-molécules

organiques par les comètes, etc...). Donc, nous sommes peut-être

seuls ! En tout cas, c'est une possibilité raisonnable !

Mais, voyant vos visages sombres, je peux peut-être vous apporter

quelque réconfort en vous disant que des modèles de physique

actuels prévoient l'existence d'une infinité d'univers donc, de

civilisations. Alors, tout espoir est encore permis. Ces autres

univers peuvent êtres aussi vieux que nécessaires. Quand à y aller,

25

il faudrait pouvoir ouvrir un trou de verre et voyager à l'intérieur

pour passer d'un univers à un autre...

Donc, les ovnis sont peut-être des vaisseaux venant d'autres

univers...

Oui, pourquoi pas... En tout cas, cela me plaît bien... Mais,

j'aimerais chère Li que vous développiez un peu plus ce que vous

m'avez confié tout à l'heure concernant vos travaux car, ma femme

et moi attendons beaucoup de ces progrès scientifiques.

Eh bien, cela n'est encore qu'à l'état de projet et il faudra bien une

trentaine d'années avant d'y parvenir, il s'agit de maîtriser notre

reproduction, tant en quantité qu'en qualité par le génie génétique

et la sélection des gamètes.

Oui, dit Hadi, il faudra bien commencer par cela car, sans maîtrise

de notre reproduction, tout plan d'avenir semble perdu d'avance...

Un serveur s'approcha de leur table et annonça que le restaurant

allait fermer et qu'il désirait encaisser. Zahed sortit sa carte de

paiement et tous se levèrent en direction de la sortie.

Le lendemain, il décida de rentrer à Paris, il avait hâte de retrouver

Annabelle et lui dire combien il l'aimait. Dans l'avion qui le

ramenait près de sa femme, il repensa à ce que le professeur al-

Jamil lui avait glissé à l'oreille, juste avant de se quitter : Mon cher

Zahed, j'ai passé une merveilleuse soirée des plus stimulante et je

te promets de tenir compte de tes expériences troublantes dans

mes recherches. Bien sûr, je te tiendrai informé de mes avancées...

26

Révélation

Déjà 5 années s'étaient écoulées et la vie avait repris son

cours avec ses obligations. Zahed n'avait pas eu de nouvelles de

Hadi et il n'avait pas osé appeler. Il était bien conscient que leur

dernière conversation devait lui poser plus d'interrogations que de

réponses et il savait combien le planning d'un professeur de

physique théorique était chargé...

Annabelle, comme nourrit d'un nouvel espoir avait repris ses

activités de journaliste scientifique pour une revue américaine et

avait retrouvé une certaine sérénité. Lui, était de plus en plus

appelé pour organiser des conférences et des forums de

discussions sur l'évolution du climat dont les premiers effets se

faisaient sentir dans les zones côtières, de plus en plus ravagées

par la montée des eaux.

Bien sûr, il continuait à donner des cours à la Sorbonne et le

nombre d'étudiants passionnés par son sujet était en constante

progression.

Il avait récemment contacté Li Yang et elle l'avait rassuré sur

l'avancée de ses recherches et surtout sur les crédits qui lui étaient

enfin alloués... Elle avait réussi à créer un laboratoire entièrement

dédié à ses travaux dans l'enceinte de la Pitié Salpetrière.

Ce soir là, exténué par une journée de questions-réponses, Zahed

rentra chez lui, plus tôt que prévu et trouva Annabelle affalée dans

le sofa occupée à lire un article de presse scientifique sur le

Transcom murale : « Quantum computing of relation between

quintessence energy and electromagnetic field (By H. al-Jamil) ».

Soudain très intéressé, Zahed se mit à lire l'article. Son anglais

était moins bon que celui d'Annabelle mais suffisant pour saisir les

27

grandes lignes...

Il compris que leur ami avait avancé dans ses recherches grâce au

dernier développement de l'ordinateur quantique et ses

fantastiques capacités de calcul, il avait réussi à montrer

l'existence d'une relation entre les champs de quintessence et

électromagnétique ainsi qu'entre l'évolution de l'information de

l'univers et le champ de quintessence global. De plus, ses

recherches parallèles sur les Condensat de Bose-Einstein

bosoniques lui avait permit d'envisager une communication entre

les champs électromagnétiques du cerveau humain et la

quintessence. Et, surprise finale, le professeur avait programmé un

premier essai le mois prochain, afin de montrer ce qu'il avait

découvert !

Zahed avait retrouvé instantanément toute son énergie et son

cerveau fonctionnait maintenant à plein régime.

Ma chérie, dit-il à sa femme, as-tu compris ce que cela signifie ?

Des larmes coulaient sur ses joues, il prit sa femme dans ses bras

et la serra très fort.

Il s'assit près de sa femme et parcourut l'article qui décrivait le

protocole de l'expérience qui aurait lieu dans les jours suivants.

L'article disait que l'expérience consistait à fabriquer sous ultra-

basse température (quelques millionièmes de degrés au dessus du

zéro absolu) et sous vide, un condensat de Bose-Einstein12 de

photons13 confinés par le champ électromagnétique14 amplifié et corrélé d'un ensemble de cerveaux humains.

Plusieurs cerveaux seraient ainsi reliés en un réseau optique fibré.

La synchronisation des cerveaux serait assurée par la projection

sur un dôme semi-sphérique de la représentation du sujet contacté.

12 ht

tp://fr.wikipedia.org/wiki/Condensat_de_Bose-Einstein

13 ht

tp://fr.wikipedia.org/wiki/Photon

14 ht

tp://fr.wikipedia.org/wiki/Champ_%C3%A9lectromagn%C3%A9tique

28

Par exemple, une photo d'une personne disparue ou tout matériel

visuel identifiant sans ambiguïté, l'entité étudiée mais, une simple

phrase décrivant l'être recherché pouvait faire l'affaire car dans

l'hypothèse de réponses multiples, il serait toujours temps de

préciser le domaine de recherche.

Zahed demanda le professeur al-Jamil par l'intercom et attendit.

La voix de Hadi répondit rapidement.

-Ah Zahed, je n'étais pas sûr de recevoir un appel de toi mais je

m'y attendais... et je présume que tu es au courant de ma petite

expérience... En fait, je souhaitais vous ménager quelque peu,

avant d'être sûr d'être sur la bonne voie. En plus, je me demande si

je n'ai pas été un peu inconscient en publiant cet article sur le

réseau Transcom car, ces jours-ci, les évènements de panique et les

mouvements irresponsables des marchés financiers m'ont fait

pensé que l'humanité n'était pas prête à recevoir une telle

connaissance. Oh, bien sûr, le plus grand nombre, celui qui

souffre, serait certainement soulagé par de telles révélations mais,

d'autres, parmi les acteurs les plus influents et certains chefs d'état

ne trouveraient là que renfort pour exercer leurs méfaits et cela me

paraît inévitable. Je crois que le monde n'est pas prêt !

Bien sûr, je vous invite, Annabelle et toi, mardi après-midi, au

centre d'essais du plateau de Saclay pour cette première tentative

mais, si tu penses que cela peut-être prématuré pour elle, nous

attendrons d'être sûrs.

Le jour tant attendu arriva enfin. Zahed et Annabelle, après avoir

envisagé toutes les hypothèses, avaient pris la décision d'y aller.

Le trajet pouvait être effectué par le réseau régional ou par E-taxi

et ils choisirent ce dernier mode qui offrait toutes les sécurités et

commodités propices à une bonne relaxation. Ils étaient en effet

totalement automatiques et à propulsion électrique donc,

silencieux.

29

Ils arrivèrent peu avant 13 heures dans le périmètre du campus de

neuro-psychisme du plateau de Saclay. C'était une belle après-midi

du mois d' Août 2018, les bâtiments blancs se détachaient sous un

ciel bleu azur. La grande salle de la zone d'essais du laboratoire

était remplie de chercheurs et d'étudiants de 3eme cycle. Au

centre, avait été aménagé un dôme sphérique à travers les parois

duquel on voyait s'affairer un groupe de personnes. Face aux

gradins en demi-cercle, un gigantesque écran hémisphérique

tapissait la salle.

Zahed aperçu le professeur et lui fit un petit signe pour lui

indiquer leur présence. Il invita Annabelle à s'assoir sur un gradin

assez élevé, situé en plein centre de l'écran.

25 minutes s'écoulèrent ainsi dans une attente qui commençait à

devenir pesante quand Hadi sortit du dôme et commença à parler

dans l'intercom.

Chers collègues et amis, je sais que certains d'entre vous attendent

depuis de longs mois, et pour deux d'entre vous depuis plus de 5

ans, cet instant. Alors, je vous annonce que nous sommes prêts !

La mise au point des systèmes de cryogénie et de synchronisation

des champs nous a causé quelques soucis mais, nous sommes

aujourd'hui en mesure d'ouvrir la porte à une connaissance si

importante pour l'humanité que je n'en mesure pas encore toutes

les conséquences. C'est pourquoi je vous demanderai la plus

grande discrétion jusqu'à ce que je juge opportun de publier les

résultats.

Le protocole mis en place aujourd'hui comporte les phases

suivantes :

- Mise en régime stable de la sphère de condensat. (cryogénie15

et stabilisation des champs).

- Apprentissage des données concernant la personne recherchée.

15 ht

tp://fr.wikipedia.org/wiki/Cryog%C3%A9nie

30

- Stabilisation et synchronisation des champs cérébraux.

- Ouverture du réseau optique fibré.

- Emission du champ autour du condensat.

- Amplification du champ