Entretiens / Interviews / Entrevistas by Marie Lebert - HTML preview

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= ¿Cuál es su mejor recuerdo relacionado con Internet?

La gente. La Red es una red de buscadores de datos y de computadoras personalesunidos los unos a los otros. Detrás de cada teclado hay una persona, unindividuo. Internet me dio la oportunidad de probar mis ideas y desarrollarotras. Lo más importante para mí fue forjar amistades personales con gentelejana geográficamente y, a fin de cuentas, encontrarlas.

= ¿Y su peor recuerdo?

La gente. No quiero extenderme en este tema, pero algunos tienen verdaderamenteel don de hacerme enojar.

SILVAINE ARABO [FR]

[FR] Silvaine Arabo (Poitou-Charentes)

#Poète et plasticienne, créatrice de la cyber-revue Poésie d'hier etd'aujourd'hui Silvaine Arabo est écrivain (à ce jour quinze recueils de poèmes publiés ainsique plusieurs recueils d'aphorismes et deux essais) et plasticienne (elle exposeà Paris et en province). En mai 1997, elle crée la cyber-revue Poésie d'hier etd'aujourd'hui pour "diffuser la poésie auprès d'un maximum de personnes et luidonner un coup de jeune dans l'esprit des gens, pour qui elle évoque souvent dessouvenirs scolaires - pas toujours agréables - ou qui en ont une imagestéréotypée et/ou ringarde." Quatre ans après, en mars 2001, elle crée unedeuxième revue, cette fois sur support papier, Saraswati: revue de poésie, d'artet de réflexion.

[Entretien 08/06/1998 // Entretien 09/08/1999 // Entretien 19/06/2001]

*Entretien du 8 juin 1998

= Quel est l'historique de votre site web?

Je suis poète, peintre et professeur de lettres (treize recueils de poèmespubliés, ainsi que deux recueils d'aphorismes et un essai sur le thème "poésieet transcendance"; quant à la peinture, j'ai exposé mes toiles à Paris - deuxfois - et en province). Pour ce qui est d'internet, je suis autodidacte (je n'aireçu aucune formation informatique quelle qu'elle soit). J'ai eu l'an passél'idée de construire un site littéraire centré sur la poésie: internet me sembleun moyen privilégié pour faire circuler des idées, pour communiquer ses passionsaussi. Je me suis donc mise au travail, très empiriquement, et ai finalementabouti à ce site sur lequel j'essaye de mettre en valeur des poètescontemporains de talent, sans oublier la nécessaire prise de recul ("Réflexionssur la poésie") sur l'objet considéré.

= Quel est l'apport de l'internet pour vous en tant que poète?

Disons que la gestion d'un site internet - si l'on veut qu'il demeure vivant -requiert beaucoup de temps. Mais je fais en sorte que ma création personnellen'en souffre pas. Par ailleurs, internet m'a mise en contact avec d'autrespoètes, dont certains fort intéressants… Cela rompt le cercle de la solitudeet permet d'échanger des idées. On se lance des défis aussi… Internet peutdonc pousser à la créativité et relancer les motivations des poètes puisqu'ilssavent qu'ils seront lus et pourront même, dans le meilleur des cas,correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points de vue de ceux-ci sur leurstextes. Je ne vois personnellement que des aspects positifs à la promotion de lapoésie par internet, tant pour le lecteur que pour le créateur.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Ma vie professionnelle (en tant que professeur de lettres) n'en a pas étébouleversée puisqu'elle est indépendante de cette création sur internet. Disonsque très récemment, dans le cadre de mon activité professionnelle, j'ai faitavec mes élèves quelques ateliers de poésie et que, devant la pertinence deleurs productions, j'ai décidé de leur consacrer une page sur mon site (rubrique"Le jardin des jeunes poètes"). Je fais également un "appel du pied" auxprofesseurs de lettres francophones pour qu'ils m'adressent des poèmes - qu'ilsestiment réussis - de leurs élèves. Disons que ce site pourrait servir, entreautres, de motivation - donc de moteur - à la créativité des jeunes enfants oudes adolescents.

*Entretien du 9 août 1999

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Mon site s'enrichit sans cesse de nouvelles rubriques, de nouveaux intervenants,etc. Les mises à jour sont fréquentes et le site est dynamique. Bonnesstatistiques de visites. Par ailleurs, ce site a reçu plusieurs récompenses etil a été salué par divers journaux francophones, dont Sud-Ouest, le magazineLire, La Quinzaine Littéraire, le magazine informatique Pagina, le journal belgePark-e-Mail, etc.; par diverses personnalités aussi: l'écrivain et éditeurMichel Camus, le physicien des particules élémentaires Basarab Nicolescu, quiest maître de recherches au CNRS (Centre national de la recherche scientifique),bien d'autres encore…

Il a également été sélectionné par Interneto (Le meilleur du net); sélectionnépar le journal L'officiel du net, qui lui a attribué 4 étoiles; sélectionné pardiverses universités francophones (Louvain, Toronto, etc.) qui lui ont attribuéde nombreuses étoiles. Ce site a en outre été répertorié par la Bibliothèquenationale de France (signets informatiques).

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Je pense qu'il est important qu'une législation se mette en place de touteurgence… Au travail, les juristes!

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Il faudrait des équipes de traducteurs… mais comment mettre cela en place? Ily a là une vraie question.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Les ami(e)s que ce mode de communication m'a permis de rencontrer dans lafrancophonie ainsi que tous ceux et celles qui m'ont dit avoir, grâce à moi,découvert ou redécouvert la poésie et avoir compris qu'il s'agissait là d'unmode de fonctionnement majeur de l'esprit humain.

= Et votre pire souvenir?

Certaines mesquineries de webmasters, parfois un esprit de compétition etd'arrivisme… On retrouve sur internet la société telle qu'en elle-même, niplus, ni moins.

= Vos citations préférées?

"Quand l'élève est prêt arrive le maître." (proverbe bouddhiste)

"Les hommes discutent, la nature agit." (Voltaire)

"La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil." (René Char)

*Entretien du 19 juin 2001

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

La création de la cyber-revue Poésie d'Hier et d'Aujourd'hui m'a poussée par lasuite à créer en mars 2001

une revue sur support papier, Saraswati: revue depoésie, d'art et de réflexion (BP 41 - 17102 Saintes cedex). Les deux créationsse complètent et sont vraiment à placer en regard l'une de l'autre.

= Que signifie "Saraswati"?

Saraswati est, dans la mythologie hindoue, la déesse de la connaissance, de lasagesse, de la musique et des arts. Elle est souvent représentée avec une vina(instrument à cordes), un bouton de lotus, un livre, un tambour…et ellechevauche un cygne. Elle est l'épouse de Brahma, le dieu créateur, premier de latrilogie Brahma/Vishnu (celui qui maintient les structures)/ Shiva (le dieu quidétruit…pour reconstruire).

ARLETTE ATTALI [FR, EN]

[FR] Arlette Attali (Paris)

#Responsable de l'équipe "Recherche et projets internet" à l'INALF (Institutnational de la langue française) Laboratoire du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), l'INaLF apour mission de développer des programmes de recherche sur la langue française,tout particulièrement son lexique. Les données, traitées par des systèmesinformatiques spécifiques et originaux, constamment enrichies et renouvelées,portent sur tous les registres du français: langue littéraire (du 14e au 20esiècle), langue courante (écrite, parlée), langue scientifique et technique(terminologies), et régionalismes. Ces données, qui constituent un matériaud'étude considérable, sont progressivement mises à la disposition de tous ceuxque la langue française intéresse (enseignants et chercheurs, mais aussiindustriels, secteur tertiaire et grand public), soit par des publications, soitpar la consultation de banques et bases de données.

Frantext est une des meilleures bases textuelles en langue française disponiblessur l'internet. Elle rassemble un corpus de textes français du 16e au 20e sièclenumérisés (3.000 textes environ) et un logiciel d'interrogation (Stella) conçuen vue de recherches littéraires, linguistiques, lexicographiques,stylistiques…

Rénovée courant 1998, elle présente notamment une interface plusconviviale, une aide en ligne systématisée et surtout des outils informatiquesplus performants. Deux versions de Frantext sont proposées.

L'une comportel'ensemble des textes de la base, l'autre une sous-partie composée de 400 romansdes 19e et 20e siècles qui ont fait l'objet d'un codage grammatical. Cettesous-base est expérimentale.

[Entretien 11/06/1998 // Entretien 17/01/2000]

*Entretien du 11 juin 1998

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Etant moi-même plus spécialement affectée au développement des bases textuellesà l'INaLF, j'ai été amenée à explorer les sites du web qui proposaient destextes électroniques et à les "tester". Je me suis donc transformée en "touristetextuelle" avec les bons et mauvais côtés de la chose. La tendance au zapping etau survol étant un danger permanent, il faut bien cibler ce que l'on cherche sil'on ne veut pas perdre son temps.

La pratique du web a totalement changé mafaçon de travailler. Mes recherches ne sont plus seulement livresques et doncd'accès limité, mais elles s'enrichissent de l'apport des textes électroniquesaccessibles sur l'internet.

= Quels sont vos projets pour l'avenir?

A l'avenir, je pense contribuer à développer des outils linguistiques associés àla base Frantext et à les faire connaître auprès des enseignants, deschercheurs, des étudiants et aussi des lycéens.

*Entretien du 17 janvier 2000

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Mon activité professionnelle a deux volets: d'une part recherche et projetsinternet, d'autre part valorisation des ressources textuelles.

= Quels sont vos nouveaux projets?

- Le Catalogue critique des ressources textuelles sur internet (CCRTI), mis enligne en octobre 1999;

- Terminalf - Ressources terminologiques de la langue française, en cours deréalisation.

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Comme tous les débats, il s'agit d'un débat confus et sans issue.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Les Européens font quelques efforts pour adopter au moins le bilinguisme. Et les Américains?

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

La découverte de bons sites littéraires. Par exemple Zvi Har'El's Jules VerneCollection, consacré à Jules Verne, ou le Théâtre de la foire à Paris (au 17esiècle).

[EN] Arlette Attali (Paris)

#Head of Research and Internet Projects at the INaLF (Institut national de lalangue française - National Institute of the French Language)

The purpose of the INaLF — part of the France's National Centre for ScientificResearch (Centre national de la recherche scientifique, CNRS) — is to designresearch programmes on the French language, particularly its vocabulary. TheINaLF's constantly expanding and revised data, processed by special computersystems, deal with all aspects of the French language: literary discourse(14th-20th centuries), everyday language (written and spoken), scientific andtechnical language (terminologies), and regional languages. This data, which isan very important study resource, is made available to people interested in theFrench language (teachers and researchers, business people, the service sectorand the general public) through publications and databases.

Frantext is one of the best French textual databases on the Internet. It is acollection of about 3,000 digitized French texts from the 16th to the 20thcenturies, with a search facility (Stella) for literary, linguistic,lexicographical, and stylistic research. The database, which was revamped in1998, now has a more user-friendly interface, more efficient online help andbetter computing tools. A second version is an experimental section of 400grammaticaly-encoded novels of 19th and 20th centuries.

[Interview 11/06/1998 // Interview 17/01/2000]

*Interview of June 11, 1998 (original interview in French)

= How did using the Internet change your professional life?

At the INaLF, I was mostly building textual databases, so I had to explorewebsites that gave access to electronic texts and test them. I became a "textualtourist", which has good and bad sides. The tendency to go quickly from one linkto another and skip through the information was a permanent danger — you haveto focus on what you're looking for so as not to waste time. Using the Web hastotally changed the way I work. My research is no longer just book-based andthus limited, but is expanding thanks to the electronic texts available on theInternet.

= What are your new projects?

I'd like to help develop linguistic tools linked with Frantext and make themavailable to teachers, researchers and students.

*Interview of January 17, 2000 (original interview in French)

= What exactly is your professional activity?

My professional activity consists in research and Internet projects, and indevelopment of textual resources.

= What are your new projects?

- The Catalogue critique des ressources textuelles sur Internet (CCRTI) (Critical Catalogue of Textual Resources on the Internet), online since October 1999.

- Terminalf - Ressources terminologiques en langue française (Terminological resources in French), in progress.

= What do you think of the debate about copyright on the Web?

Like all debates, it is a confused debate, with no way out.

= How do you see the growth of a multilingual Web?

Europeans are making some efforts towards at least bilingualism. What are the Americans doing?

= What is your best experience with the Internet?

Finding good literary sites, such as Zvi Har'El's Jules Verne Collection,dedicated to Jules Verne (a French 19th-century novelist) or le Théâtre de lafoire à Paris, dedicated to the 17th-century Fair Theatre in Paris.

ISABELLE AVELINE [FR]

[FR] Isabelle Aveline (Lyon)

#Créatrice de Zazieweb, site consacré à l'actualité littéraire

"Zazieweb est un site libre et indépendant qui offre des espaces d'interactivitéà ses lecteurs actifs et communicants ! C'est aussi (depuis 1996!) un annuairedes sites littéraires découverts avec passion sur le web et chroniqués, uneinformation littéraire au quotidien: Au fil du net: l'actualité du meilleur duweb littéraire; Agenda: toutes les manifestations en rapport avec le livre et lalittérature; TV/Radio: une sélection des émissions littéraires sur les deuxsemaines à venir; Ebook: des informations et des dossiers sur le livrenumérique, les nouveaux objets de lecture…; et des choix de lectures"Zazieweb" dans la rubrique Kestulizaz?

Né en 1996 sous la forme d'une page perso, Zazieweb est devenu en cinq ans unsite littéraire communautaire offrant à la fois des espaces d'échanges etd'expression (les lectures des e-lecteurs, l'espace communautaire, les forums)et un portail littéraire. Zazieweb, c'est aujourd'hui une association qui a pourvocation la promotion et mise en avant des "petits éditeurs", la diffusion de lalittérature contemporaine indépendante, la mise en relation sur le modeinteractif du web des lecteurs/auteurs/éditeurs via les espaces persos… etpleins d'autres choses en devenir!" (extrait du site web)

[Entretien 08/06/1998 // Entretien 03/09/1999]

* Entretien du 8 juin 1998

= Quel est l'historique de Zazieweb?

Zazieweb est né il y a deux ans environ, en juin 1996. C'était à l'époque unprojet personnel qui entrait dans le cadre d'un master multimédia et que j'aiessayé de "vendre" aux éditeurs.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Découvrir internet a ouvert d'autres possibilités et surtout maintenant je neconçois pas de ne pas travailler

"on the Web".

= Comment voyez-vous l'avenir?

Grâce à internet, les choses sont plus souples, on peut très facilement passerd'une société à une autre (la concurrence!), le télétravail pointe le bout deson nez (en France c'est encore un peu tabou…), il n'y a plus forcément degrande séparation entre espace pro et personnel.

*Entretien du 3 septembre 1999

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Aujourd'hui je cherche à développer une viabilité financière pour Zazieweb:échange de bandeaux, partenariat, vente d'espace publicitaire ciblé, affiliationà un programme de vente de livres.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Mon premier surf.

= Et votre pire souvenir?

Ma première connexion.

JEAN-PIERRE BALPE [FR]

[FR] Jean-Pierre Balpe (Paris)

#Directeur du département hypermédias de l'Université de Paris 8

Jean-Pierre Balpe est directeur du département hypermédias et du laboratoireParagraphe de l'Université de Paris 8. Il est également secrétaire général de larevue Action poétique. Chercheur, théoricien de la littérature informatique,auteur de divers ouvrages scientifiques et techniques (dernier ouvrage paru:Contextes de l'art numérique, Hermès, 2000), écrivain, après avoir trèslongtemps écrit des poèmes et nouvelles publiés dans diverses revues, ils'intéresse dès 1975 aux possibilités que l'informatique offre à l'écriturelittéraire. En 1981 il est un des cofondateurs de l'ALAMO (Atelier delittérature assistée par la mathématique et les ordinateurs) et, à ce titre,conseiller auprès de la BPI (Bibliothèque publique d'information) pour lesexpositions "Les Immatériaux" et "Mémoires du futur". En 1985 il conçoit pourl'INA (Institut national de l'audiovisuel) et France Télécom le premier scénariode télévision interactive, diffusé alors par Canal +. Depuis 1989, il réalisedes logiciels d'écriture principalement utilisés lors d'expositions ou demanifestations publiques, notamment Un roman inachevé pour le stand du ministèrede la Culture au MILIA (Marché international du livre illustré et des nouveauxmédias) à Cannes et au MIM (Marché international du multimédia de Montréal) en1995, Romans (Roman) pour l'exposition

"Artifices" de novembre 1996 ou sousforme de spectacles comme Trois mythologies et un poète aveugle, première oeuvregénérative collaborant avec un générateur musical. Il a actuellement en chantierun opéra numérique, Barbe-Bleue, résultat de la collaboration de troisgénérateurs: générateur de texte (le sien), générateur de musique (AlexandreRaskatov) et générateur de scénographie (Michel Jaffrennou). Il est égalementl'auteur de Trajectoires, un roman génératif en ligne.

[Entretien 28/01/2001 // Entretien 27/02/2002]

*Entretien du 28 janvier 2001

= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?

La production d'oeuvres artistiques.

= Comment voyez-vous l'avenir?

De façon résolument optimiste.

= Les possibilités offertes par l'hyperlien ont-elles changé votre moded'écriture?

L'hyperlien: non; l'informatique: oui puisque j'utilise essentiellement desgénérateurs d'écriture que j'ai créés moi-même.

= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?

Bien sûr, depuis le papier toilette en passant par le papier torchon, égalementpour allumer ma cheminée car c'est un excellent combustible… Comme je voyagebeaucoup, il m'arrive aussi de lire un peu de tout mais personnellement, je nel'utilise guère dans mon travail personnel, j'ai vraiment l'habitude de toutfaire sur écran…

= Quel est votre sentiment sur le livre électronique?

Très mitigé, j'attends de voir concrètement comment ils fonctionnent et si leséditeurs sont capables de proposer des produits spécifiques à ce support car, sic'est pour reproduire uniquement des livres imprimés, je suis assez sceptique.L'histoire des techniques montre qu'une technique n'est adoptée que si - etseulement si… - elle apporte des avantages concrets et conséquents par rapportaux techniques auxquelles elle prétend se substituer. Je viens de publier deuxnouvelles sur ce sujet, une dans la revue La Mazarine intitulée justement Lelivre et une autre dans la revue Autrement consacrée au "livre de chevet" etintitulée Les chambres, vous pouvez y trouver une réponse plus "étayée".

= Quel est votre avis sur les débats relatifs au respect du droit d'auteur surle web?

Je ne suis pas cela de très près. Je crois que vouloir appliquer des lois faitespour le papier à un autre médium est une erreur. Un peu comme si on voulaitfacturer le téléphone en exigeant que les utilisateurs achètent des timbres pourpayer leurs conversations…

= Quelles sont vos suggestions pour un véritable multilinguisme sur le web?

Ah bon!… Ce n'est pas multilingue? Je croyais pourtant car il m'arrive denaviguer en italien, français, espagnol, arabe, chinois, flamand, etc…Voulez-vous dire francophone pour multilingue? Si c'est l'anglais que vousvisez, internet ne fait que reproduire sa situation de langue internationaled'échange. Est-ce à dire qu'il n'en faudrait pas? Je n'en suis pas si sûr…

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web auxaveugles et malvoyants?

Posez la question aux producteurs de cinéma et aux salles de projection… Leson est une solution, les claviers adaptés en sont une autre, je ne sais s'ilexiste des écrans spécialisés, mais peut-être… On peut aussi imaginer desinteractions sonores, Denize en a utilisé quelques-unes dans son cédéromMachines à écrire (publié chez Gallimard en 1999, ndlr).

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Il y a tant de livres là-dessus, répondre en quelques lignes est une gageure ouune marque de mépris ou un manque de sérieux ou une preuve d'inconscience ou unemanifestation d'orgueil…

= Et la société de l'information?

Je fais là-dessus un cours de 37 h 30…

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Pas un en particulier. Disons que je suis heureux chaque fois que ça marche…et ce n'est hélas pas si souvent…

= Quel est votre pire souvenir lié à l'internet?

Même réponse qu'à la question précédente mais inversée…

*Entretien du 27 février 2002

Dernier-né de la cyber-littérature, le mail-roman utilise le canal du courrierélectronique. Cette expérience est tentée pour la première fois par Jean-PierreBalpe en été 2001 dans Rien n'est sans dire. Pendant très exactement cent jours,il écrit un chapitre diffusé quotidiennement auprès de 500 personnes - sesproches, ses amis, ses collègues, etc. - en y intégrant les réponses et lesréactions des lecteurs. Raconté par un narrateur, ce mail-roman est l'histoirede Stanislas et Zita et de leur passion tragique déchirée par une sombrehistoire politique.

= Comment vous est venue l'idée d'un feuilleton par mail auprès de vos amis etconnaissances?

Tout naturellement, d'une part en me demandant depuis quelque temps déjà cequ'internet peut apporter sur le plan de la forme à la littérature (mais voussavez que ce point-là est une de mes obsessions…) et, d'autre part, en lisantde la littérature "épistolaire" du 18e siècle, ces fameux "romans par lettres".Il suffit alors de transposer: que peut être le "roman par lettres" aujourd'hui?Vous tirez un fil et le reste en découle tout naturellement…

Ceci dit, mes "amis et connaissances" sont le point d'entrée. Ensuite, le projets'est diffusé et je suis loin de connaître tous les lecteurs auxquels j'envoyaisce roman journalier.

= Le déroulement de ce feuilleton a-t-il correspondu à vos attentes?

Ce n'est pas vraiment un feuilleton: un feuilleton aurait pu être écrit àl'avance et diffusé au fur et à mesure, or, en m'obligeant à intégrer lesréponses ou les réactions des lecteurs, mon rythme d'écriture devait êtreabsolument quotidien. Or, pensez qu'il y a 10 puissance 30 lectures possibles dece roman…

Oui ET non: au départ je n'avais pas d'attente, donc oui… De plus, si jen'avais pas d'attentes (un vieux cynique a toujours une vision pessimiste de lanature humaine… ne parlons donc pas de sa créativité…) je savais jusqu'oùj'étais prêt à aller. Par exemple, je proposais aux lecteurs de participer auroman mais je n'ai jamais proposé qu'ils me remplacent: je voulais rester lemaître (ah mais…). Ce qui m'amusait, c'était d'intégrer, dans une trame et unevisée que je m'étais à peu près données, les propositions, y compris les plusfarfelues, sans qu'elles paraissent comme telles et sans que je "vende mon âmeau diable".

NON car j'ai quand même été un peu surpris du "classicisme" des propositions delecteurs : on y retrouvait quand même assez massivement les lieux communs lesplus éculés (pardon pour le jeu de mot…) des feuilletons télévisés. Si je melaissais faire, nous n'étions pas loin du loft. D'ailleurs, significativement,parce que c'était la période de diffusion de cette émission, plusieurs lecteursy font référence dans leurs envois et essaient de m'entraîner sur ce terrain.Autrement dit, le plus surprenant peut-être est que des lecteurs quis'inscrivaient volontairement à une expérience "littéraire" n'avaient de cessede regarder du côté de la non-littérature, de la banalité et du lieu commun…

= Le déroulement de ce mail-roman vous a-t-il réservé des surprises?

J'ai répondu en partie: peu de surprises car les lecteurs n'ont rien amené deréellement original qui aurait pu me surprendre. Nous étions un peu sur leterritoire de l'attendu, du conventionnel, en gros d'un réalisme 19e siècle(même si certaines propositions croyaient le fuir vers le provocateur… en grosle cul…). Aucune proposition, par exemple, n'entraînait un changement de formealors que le projet était formel pour ne pas dire formaliste. La seule surprisepeut-être est venue d'un lecteur qui m'a, en échange, envoyé son propre romanque j'ai intégré au mien…

= Quelles conclusions tirez-vous de cette expérience?

Plusieurs:

- d'abord c'est un "genre": depuis plusieurs personnes m'ont dit lancer aussi unmail-roman;

- ensuite j'ai aperçu quantité de possibilités que je n'ai pas exploitées et queje me réserve pour un éventuel travail ultérieur;

- la contrainte du temps est ainsi très intéressante à exploiter: le temps del'écriture bien sûr, mais aussi celui de la lecture: ce n'est pas rien de mettrequelqu'un devant la nécessité de lire, chaque jour, une page de roman. Ce"pacte" a quelque chose de diabolique;

- le renforcement de ma conviction que les technologies numériques sont unechance extraordinaire du renouvellement du littéraire.

= Pensez-vous renouveler cette expérience à l'occasion?

Oui… Mais il me faut du temps. Le principal problème (ne riez pas…) est quec'est gratuit et qu'il n'y a aucun moyen de gagner de l'argent avec ce type detravail. Il faut donc le faire "à temps perdu", c'est-à-dire quand on est niobligé de faire autre chose ni quand on est payé pour faire autre chose. J'ypense donc, j'ai un certain nombre d'idées que je crois intéressantes, mais jene peux donner ni date ni certitude. En plus, j'ai un tempérament assez"contextuel", j'aime bien les "commandes", les "contraintes" extérieures, jen'aime pas me "répéter", faire un autre roman internet comme Trajectoires(www.trajectoires.com) ou ce mail-roman ne me passionne pas, si je le fais, cesera sous une forme encore très différente, etc. Comme mes autres projetsfonctionnent bien et me prennent du temps… Mais je n'ai que 60 ans et doncl'avenir devant moi.

Dans les quarante ans à venir, je trouverai bien le moyende revenir au mail-roman d'une autre façon…

EMMANUEL BARTHE [FR]

[FR] Emmanuel Barthe (Paris)

#Documentaliste juridique et responsable informatique chez Coutrelis & Associés,cabinet d'avocats -

Modérateur et animateur de la liste de discussionJuriconnexion

[Entretien 22/10/2000 // Entretien 04/05/2001]

* Entretien du 22 octobre 2000

= Pouvez-vous vous présenter?

Je suis documentaliste juridique et responsable informatique chez Coutrelis &Associés, un cabinet d'avocats. Les principaux domaines de travail du cabinetsont le droit communautaire, le droit de l'alimentation, le droit de laconcurrence et le droit douanier. Auparavant, j'ai été responsable pendant cinqans de la documentation du cabinet d'avocat Stibbe Simont Monahan Duhot &Giroux, dont j'ai mis en place les structures et les collections. J'ai égalementeffectué une mission de six mois chez Korn/Ferry International, un importantcabinet de recrutement, à l'occasion de sa fusion avec Vuchot & Associés.

J'aialors travaillé sur l'installation du nouveau système informatique et la fusiondes bases de candidats gérées par les deux cabinets.

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Je fais de la saisie indexation, et je conçois et gère les bases de donnéesinternes. Pour des recherches documentaires difficiles, je les fais moi-même oubien je conseille le juriste. Je suis aussi responsable informatique et télécomsdu Cabinet: conseils pour les achats, assistance et formation des utilisateurs.

De plus, j'assure la veille, la sélection et le catalogage de sites webjuridiques: titre, auteur et bref descriptif.

Je suis également formateurinternet juridique aussi bien à l'intérieur de mon entreprise qu'à l'extérieurlors de stages de formation.

Membre du conseil d'administration de Juriconnexion, je m'y suis spécialisé dansles CD-Rom puis l'internet juridique. Depuis l'automne 1999, je m'occupe demodérer et d'animer la liste de discussion Juriconnexion.

= Quel est le rôle de l'association Juriconnexion?

L'association Juriconnexion a pour but la promotion de l'électronique juridique,c'est à dire la documentation juridique sur support électronique et la diffusiondes données publiques juridiques. Elle organise des rencontres entre lesutilisateurs et les éditeurs juridiques et de bases de données, ainsi qu'unejournée annuelle sur un thème. Celle du 23 novembre 2000 portait sur les sitesjuridiques francophones.

Vis-à-vis des autorités publiques, Juriconnexion a un rôle de médiateur et delobbying à la fois.

L'association, notamment, est favorable à la diffusiongratuite sur internet des données juridiques produites par le Journal officielet les tribunaux. Les bibliothécaires-documentalistes juridiques représentent lamajorité des membres de l'association, suivis par certains représentants deséditeurs et des juristes.

Juriconnexion a créé la liste de discussion du mêmenom, qui traite des mêmes sujets mais reste ouverte aux non-membres.

= Quelles sont vos suggestions concernant le respect du droit d'auteur sur leweb?

À titre personnel, je pense que la propriété intellectuelle va devoir s'adapteraux nouvelles conditions créées par internet, c'est-à-dire une copie àl'identique et une diffusion à de très nombreux exemplaires, devenues trèsfaciles et d'un très faible coût, la difficulté d'un contrôle exhaustif etsystématique et l'existence d'un esprit internet défendant la gratuité et lerespect de la vie privée et de l'anonymat.

Dans ce contexte, pour préserver une rémunération des auteurs et des éditeurs,il me semble qu'une des voies envisageables repose sur une baisse très forte desprix unitaires en audio et vidéo. Il s'agit donc de maximiser le versement desdroits lors de la toute première diffusion. Vis-à-vis du grand public, une autrepossibilité consisterait en un cryptage fort des données et une vérificationautomatique et obligatoire des licences. Les "majors" américaines et allemandess'orientent clairement vers une solution de ce type.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur leweb?

Des signes récents laissent penser qu'il suffit de laisser les langues tellesqu'elles sont actuellement sur le web. En effet les langues autres que l'anglaisse développent avec l'accroissement du nombre de sites web nationaux s'adressantspécifiquement aux publics nationaux, afin de les attirer vers internet. Ilsuffit de regarder l'accroissement du nombre de langues disponibles dans lesinterfaces des moteurs de recherche généralistes.

Il serait néanmoins utile (et bénéfique pour un meilleur équilibre des langues)de disposer de logiciels de traduction automatique de meilleure qualité et àtrès bas prix sur internet. La récente mise sur le web du GDT (Granddictionnaire terminologique, rédigé par l'Office de la langue française duQuébec) va dans ce sens.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Professionnellement, j'utilise encore beaucoup le papier, mais nettement moinsles ouvrages que la presse et les sorties papier de documents, de textesofficiels et de jurisprudence. Chez moi, j'ai un faible pour les beaux livres:livres d'art et éditions originales de recueils de poésie.

= Le papier a-t-il encore de beaux jours devant lui?

Ce support a mieux que de beaux jours devant lui: il a un avenir. En effet, lesavantages du papier sont insurpassables:

- la facilité et le confort de lecture, bien supérieurs aux possibilités desmeilleurs écrans informatiques (21

pouces y compris);

- une visualisation tridimensionnelle des informations, qui entraîne unemeilleure représentation mentale des informations. Celles-ci sont alors plusfaciles à comprendre et à manipuler.

Pour bien me faire comprendre, je vais prendre l'exemple suivant que je connaispar coeur: un juriste travaille couramment avec quatre ouvrages ouverts sur satable et consultés en même temps ou immédiatement l'un après l'autre: un code(recueil de textes officiels annotés), une revue juridique, un recueil dejurisprudence et une encyclopédie juridique. Imaginons qu'il possède la versionélectronique de chacune de ces publications ou leur réunion (ça existe). Afin dene pas compliquer la démonstration, je laisse de côté le fait que notreprofessionnel du droit doit aussi avoir sous les yeux le dossier de son clientet la consultation ou la plaidoirie qu'il doit rédiger pour lui.

Sur écran, passer d'un ouvrage ou d'un document à l'autre impose à notre juristepressé de perdre de vue l'ouvrage ou le document précédent, sauf écran 21 pouces(prix de départ: 5.500 FF HT, le prix d'un PC de base). L'écran d'ordinateur,aussi grand soit-il, ne peut afficher, dans le meilleur des cas, que deux pagesA4

et ne permet pas de feuilleter le ou les ouvrages électroniques. Autant direque le juriste, même partisan de l'informatisation, a bien du mal à se repérerdans un monde d'une surface de 21 pouces et sans profondeur.

Alors qu'avec le papier:

- il a à sa disposition la possibilité de feuilleter rapidement le contenu desouvrages quand (ce qui est fréquent) il ne sait pas encore exactement ce qu'ilcherche;

- il visualise les informations en trois dimensions partout dans son bureau,donc dans un espace d'environ 10

m2 de surface et 2 m de haut, ce qui estinfiniment plus vaste que les 21 pouces maximum sans épaisseur de son écran;

- ça ne tombe jamais en panne!

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

A priori (puisque je ne possède pas de livre électronique) je n'ai pas unenthousiasme délirant: le livre électronique n'offre en effet pas les avantagesdu support papier et il implique l'achat d'un matériel supplémentaire. A lalimite, affichées sur un écran correct (17 pouces et une bonne carte graphique),les capacités de mise en page du format HTML me semblent suffisantes. Et pourune qualité de mise en page optimale, il existe déjà le format PDF d'Acrobat,parfaitement lisible sur les PC et les Mac.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Je ne visualise pas le cyberespace comme véritable espace physique mais comme unimmense média néanmoins concentré en un lieu unique: l'écran de l'ordinateur. Enrevanche, je conçois/pense le cyberespace comme un forum ou une assembléeantique: beaucoup d'animation, diversité des opinions, des discours, des gensqui se cachent dans les recoins, des personnes qui ne se parlent pas, d'autresqui ne parlent qu'entre eux…

= Et la société de l'information?

Il s'agit nettement moins d'une "société" de l'information que d'une économie del'information. J'espère que la société, elle, ne sera jamais dominée parl'information, mais restera cimentée par des liens entre les hommes de toutenature, qu'ils communiquent bien ou mal, peu ou beaucoup.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Parmi mes bons souvenirs, je pense à ma première publication sur le web: cellede mon bookmark sur le site ForInt Law (Foreign and International Law), en 1996,grâce à la webmestre de ce site, une collègue bibliothécaire juridique dans uneuniversité américaine. Je pourrais aussi citer les (trop rares) découvertes desites juridiques français dotés d'un réel contenu (un contenu inédit et devaleur) et les remerciements que j'ai reçus pour la rédaction de la FAQ (foireaux questions) de la liste de discussion de Juriconnexion que j'ai récemmentrédigée.

= Et votre pire souvenir?

Le pire, ce fut la destruction involontaire de mon fichier bookmark de Netscape,à une époque où il était heureusement moins volumineux qu'aujourd'hui. À partird'une sauvegarde ancienne, j'ai dû retrouver, de mémoire, près d'un tiers desURL et réécrire les descriptions des sites.

*Entretien du 4 mai 2001

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Rien de spécial, si ce n'est que le côté informatique et internet est maintenantbien ancré dans mon travail.

Le travail d'animation et de modération de la listeJuriconnexion porte ses fruits puisque nous approchons les 400 membres.

ROBERT BEARD [EN, FR]

[EN] Robert Beard (Pennsylvania)

#Co-Founder of yourDictionary.com, a major language portal

[Interview 01/09/1998 // Interview 17/01/2000]

*Interview of September 1, 1998

= How did using the Internet change your professional life?

As a language teacher, the Web represents a plethora of new resources producedby the target culture, new tools for delivering lessons (interactive Java andShockwave exercises) and testing, which are available to students any time theyhave the time or interest - 24 hours a day, 7 days a week. It is also an almostlimitless publication outlet for my colleagues and I, not to mention myinstitution.

= How do you see the growth of a multilingual Web?

There was an initial fear that the Web posed a threat to multilingualism on theWeb, since HTML and other programming languages are based on English and sincethere are simply more websites in English than any other language. However, mywebsites indicate that multilingualism is very much alive and the Web may, infact, serve as a vehicle for preserving many endangered languages. I now havelinks to dictionaries in 150

languages and grammars of 65 languages. Moreover,the new attention paid by browser developers to the different languages of theworld will encourage even more websites in different languages.

= How do you see the future?

Ultimately all course materials, including lecture notes, exercises, moot andcredit testing, grading, and interactive exercises far more effective inconveying concepts that we have not even dreamed of yet. The Web will be anencyclopedia of the world by the world for the world. There will be noinformation or knowledge that anyone needs that will not be available. The majorhindrance to international and interpersonal understanding, personal andinstitutional enhancement, will be removed. It would take a wilder imaginationthan mine to predict the effect of this development on the nature of humankind.

*Interview of January 17, 2000

= Can you tell us about yourDictionary.com?

A Web of Online Dictionaries (WOD) is now a part of yourDictionary.com (as ofFebruary 15, 2000). The new website is an index of 1200+ dictionaries in morethan 200 languages. Besides the WOD, the new website includes aword-of-the-day-feature, word games, a language chat room, the old Web ofOn-line Grammars (now expanded to include additional language resources), theWeb of Linguistic Fun, multilingual dictionaries; specialized Englishdictionaries; thesauri and other vocabulary aids; language identifiers andguessers, and other features; dictionary indices. YourDictionary.com willhopefully be the premiere language portal and the largest language resource siteon the Web. It is now actively acquiring dictionaries and grammars of alllanguages with a particular focus on endangered languages. It is overseen by ablue ribbon panel of linguistic experts from all over the world.

= What exactly is your activity?

I am now a founder, officer and member of the board of yourDictionary.com, Inc.and will be retiring from Bucknell this spring at which time I must remove mysites from Bucknell's servers. I think the company will generate resources toallow my work to continue and expand.

= Has yourDictionary.com new projects and new ideas?

Indeed, yourDictionary.com has lots of new ideas. We plan to work with theEndangered Language Fund in the US and Britain to raise money for theFoundation's work and publish the results on our site. We will have languagechatrooms and bulletin boards. There will be language games designed toentertain and teach fundamentals of linguistics. The Linguistic Fun page willbecome an on-line journal for short, interesting, yes, even entertaining, pieceson language that are based on sound linguistics by experts from all over theworld.

= What do you think of the debate about copyright on the Web?

Open access is never free; someone pays the salaries of those who develop openaccess, public domain applications. My website has been free and free ofcommercial activities so long as Bucknell has provided me with a salary and freeISP services. Now that I am retiring and must remove my sites from Bucknellservers, my choices are to take the sites down, sell them, or generate revenuestreams that will support the site. I have chosen the latter course. Theresources will remain free of charge, only because we will be offering otherservices for fee. These services will be based on copyrighted properties toguarantee that the funds generated go to the source that generates them.

As for the debate (and court actions) over deep linking and the like, I thinkthis carries copyright too far.

Linking should be the decision of the websitethat carries the hyperlink. Websites are fair game for linking since they are ona public network. If they don't want to be on a public network, let them createa private one. This leads to the conclusion that porn sites may link tofamily-oriented sites, a conclusion that no doubt worries some. So long as thelink does not go in the other direction, however, I see no immediate problemwith this.

= How do you see the growth of a multilingual Web?

While English still dominates the Web, the growth of monolingual non-Englishwebsites is gaining strength with the various solutions to the font problems.Languages that are endangered are primarily languages without writing systems atall (only 1/3 of the world's 6,000+ languages have writing systems). I still donot see the Web contributing to the loss of language identity and still suspectit may, in the long run, contribute to strengthening it. More and more NativeAmericans, for example, are contacting linguists, asking them to write grammarsof their language and help them put up dictionaries. For these people, the Webis an affordable boon for cultural expression.

= What is your best experience with the Internet?

My own website, whose popularity continues to astound me. I receive a dozen orso letters from visitors each day, at least half of which compliment my work. Itis difficult to maintain the size of my ego but the flattery is very good forthe soul. I am astounded that only 6 years away from the inception of the Web, Ican find over 1200 creditable on-line dictionaries in more than 200 differentlanguages.

= And your worst experience?

The worst experience is finding my website copied with my name removed from it.

I have always been able to resolve the problem, however. My experience with the Internet has been very positive and if yourDictionary.com succeeds, it will be even more positive.

[FR] Robert Beard (Pennsylvanie)

#Co-fondateur de yourDictionary.com, portail de référence pour les langues Créé par Robert Beard en 1999, dans le prolongement de son ancien site "A Web ofOnline Dictionaries", intégré à celui-ci le 15 février 2000. Ce portail majeurest consacré aux dictionnaires - 1.500 dictionnaires dans 230 langues - et auxlangues en général (vocabulaires, grammaires, apprentissage des langues, etc.).En tant que portail de toutes les langues sans exception, il accorde uneimportance particulière aux langues minoritaires et menacées.

[Entretien 01/08/1998 // Entretien 17/01/2000]

*Entretien du 1er septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

En tant que professeur de langues, je pense que le web présente une pléthore denouvelles ressources disponibles dans la langue étudiée, de nouveaux instrumentsd'apprentissage (exercices interactifs Java et Shockwave) et de test, qui sont àla disposition des étudiants quand ceux-ci en ont le temps ou l'envie, 24

heures/ 24 et 7 jours / 7. Aussi bien pour mes collègues que pour moi, et bien sûrpour notre établissement, l'internet nous permet aussi de publier pratiquementsans limitation.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

On a d'abord craint que le web représente un danger pour le multilinguisme,étant donné que le langage HTML et d'autres langages de programmation sont baséssur l'anglais et qu'on trouve tout simplement plus de sites web en anglais quedans toute autre langue. Cependant, les sites web que je gère montrent que lemultilinguisme est très présent et que le web peut en fait permettre depréserver des langues menacées de disparition. Je propose maintenant des liensvers des dictionnaires dans 150 langues différentes et des grammaires dans 65langues différentes. De plus, comme ceux qui développent les navigateursmanifestent une attention nouvelle pour la diversité des langues dans le monde,ceci va encourager la présence de davantage encore de sites web dans différenteslangues.

= Comment voyez-vous l'avenir?

L'internet nous offrira tout le matériel pédagogique dont nous pouvons rêver, ycompris des notes de lecture, exercices, tests, évaluations et exercicesinteractifs plus efficaces que par le passé parce que reposant davantage sur lanotion de communication. Le web sera une encyclopédie du monde faite par lemonde pour le monde. Il n'y aura plus d'informations ni de connaissances utilesqui ne soient pas diponibles, si bien que l'obstacle principal à lacompréhension internationale et interpersonnelle et au développement personnelet institutionnel sera levé. Il faudrait une imagination plus débordante que lamienne pour prédire l'effet de ces développements sur l'humanité.

*Entretien du 17 janvier 2000 (entretien original en anglais)

= En quoi consiste exactement yourDictionary.com?

"A Web of Online Dictionaries" (WOD) est maintenant intégré àyourDictionary.com. Le nouveau site indexe 1.200 dictionnaires dans 200 languesdifférentes. Outre le WOD, il comprend: le mot du jour, des jeux de mots, ungroupe de discussion sur les langues, des grammaires en ligne (incluant desgrammaires dans de nouvelles langues), des éléments de base sur la linguistique,des dictionnaires multilingues, des dictionnaires spécialisés de langueanglaise, des thésaurus et outils de vocabulaire, des outils permettantd'identifier des langues, des index de dictionnaires, etc.

YourDictionary.com a pour objectif d'être le premier portail et la principaleressource en langues sur le web.

Nous sommes en train de rassembler desdictionnaires et grammaires dans toutes les langues, avec un souci particulierpour les langues menacées. Le site est supervisé par un comité d'expertslinguistiques du monde entier.

= Quelle est exactement votre activité?

Je suis le fondateur et le gérant du site, et je suis membre du conseild'administration de la société yourDictionary.com, Inc. Professeur àl'Université de Bucknell, je prends ma retraite au printemps, date à laquelle jedois retirer mes sites des serveurs de l'université. Je pense que la sociétéyourDictionary.com générera les ressources me permettant de continuer montravail.

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?

Nos nouvelles idées sont nombreuses. Nous projetons de travailler avec leEndangered Language Fund aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne pour rassemblerdes fonds pour cette fondation et nous publierons les résultats sur notre site.Nous aurons des groupes de discussion et des bulletins d'information sur leslangues.

Il y aura des jeux de langue destinés à se distraire et à apprendre lesbases de la linguistique. La page

"Linguistic Fun" (éléments de base sur lalinguistique) deviendra un journal en ligne avec des extraits courts,intéressants et même amusants dans différentes langues, choisis par des expertsdu monde entier.

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

L'accès libre n'est jamais gratuit, puisque ce sont des personnes salariées quidéveloppent les applications en accès libre appartenant au domaine public. Monsite web est gratuit, et il n'était pas une affaire commerciale tant quel'Université de Bucknell m'a versé un salaire et m'a fait bénéficier de sespropres services d'accès à l'internet. Maintenant que je prends ma retraite etque je dois retirer mes sites des serveurs de Bucknell, j'ai eu le choix entresupprimer mes sites, les vendre ou générer des revenus permettant de continuercette activité. J'ai choisi la dernière solution. Les ressources disponiblesresteront gratuites parce que nous offrirons d'autres services qui serontpayants. Ces services seront basés sur les règles du copyright pour garantir leversement des fonds à la bonne source.

En ce qui concerne le débat (et les actions judiciaires) sur les liens, je pensequ'il y a excès dans l'application du copyright. Un lien vers un autre sitedevrait appartenir au site qui crée le lien. Il est normal de créer des liensvers d'autres sites web appartenant à un réseau public. Si des sites nesouhaitent pas être sur un réseau public, ils peuvent créer un réseau privé.Ceci mène à la conclusion que les sites pornographiques peuvent proposer desliens vers d'autres sites du même type, conclusion qui peut en inquiétercertains. Je ne vois toutefois pas de problème immédiat à cela dans la mesure oùles liens ne sortent pas de ce cadre.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Si l'anglais domine encore le web, on voit s'accentuer le développement de sitesmonolingues et non anglophones du fait des solutions variées apportées auxproblèmes de caractères. Les langues menacées sont essentiellement des languesnon écrites (un tiers seulement des 6.000 langues existant dans le monde sont àla fois écrites et parlées). Je ne pense pourtant pas que le web va contribuer àla perte de l'identité des langues et j'ai même le sentiment que, à long terme,il va renforcer cette identité. Par exemple, de plus en plus d'Indiensd'Amérique contactent des linguistes pour leur demander d'écrire la grammaire deleur langue et de les aider à élaborer des dictionnaires. Pour eux, le web estun instrument à la fois accessible et très précieux d'expression culturelle.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Mon propre site web, dont la popularité continue de me stupéfier. Je reçoisquotidiennement une douzaine de lettres de visiteurs, dont la moitié au moins mefélicite pour mon travail. Je ne veux pas tomber dans une autosatisfactiondémesurée, mais ces compliments me font très plaisir. Je suis égalementstupéfait du fait que, six ans seulement après les débuts du web, je puissedénombrer plus de 1.200 dictionnaires en ligne qui soient dignes d'intérêt, dansplus de 200 langues différentes.

= Et votre pire souvenir?

Mon pire souvenir a été de voir mon site web copié sans mention de mon nom. Maisj'ai toujours pu résoudre ce problème. En général, mes souvenirs liés àl'internet sont positifs et ils le seront plus encore si yourDictionary.com a dusuccès.

MICHAEL BEHRENS [EN, FR]

[EN] Michael Behrens (Bielefeld, Germany)

#In charge of the digital library of the digital library of the Bielefeld University Library

* Interview of September 25, 1998

= When did you begin your digital library?

It depends what you understand this term to mean. To some here, "digitallibrary" seems to be everything even remotely to do with the Internet. Thelibrary started its own web server in summer 1995. There's no exact date becauseit took some time for us to get it to work in a reasonably reliable way. Beforethat, it had been offering most of its services via Telnet, which wasn't usedmuch by customers, although in theory they could have accessed a lot of materialfrom home. But in those days hardly anybody had Internet access at home. Westarted digitizing rare prints from our own library, and some that were sent invia library loan, in November 1996.

= How many digitized texts do you have?

In that first phase of our attempts at digitization, starting in November 1996and ending in June 1997, 38

rare prints were scanned as image files and madeavailable on the Web. In the same period, there were also a few digitalmaterials prepared as accompanying material for lectures held at the university(image files as excerpts from printed works). These are, for copyright reasons,not available outside the campus. The next step, which is just being completed,is the digitization of the Berlinische Monatsschrift, a German periodical fromthe Enlightenment, comprising 58 volumes — 2,574 articles on 30,626 pages.

A rather bigger project to digitize German periodicals from the 18th and early19th century is planned. This will involve about a million pages. Theseperiodicals will be not just be from this library's stock, but the project wouldbe coordinated here and some of the technical work done here too.

[FR] Michael Behrens (Bielefeld, Allemagne)

#Responsable de la bibliothèque numérique de la Bibliothèque universitaire de Bielefeld

*Entretien du 25 septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Quand votre bibliothèque numérique a-t-elle débuté?

Tout dépend de ce qu'on entend par ce terme. Pour certains de mes collègues,"bibliothèque numérique"

signifie tout ce qui, de près ou de loin, a trait àl'internet. La bibliothèque a inauguré son propre serveur durant l'été 1995. Jene peux pas vous donner de date précise parce qu'il nous a fallu du temps pourque tout fonctionne de manière satisfaisante. Auparavant, la plupart desservices était accessible par le biais de Telnet, qui n'était pas beaucouputilisé par nos clients, malgré le fait qu'ils y aient accès à domicile. A cetteépoque, pratiquement personne n'avait d'accès internet chez soi… C'est ennovembre 1996 que nous avons commencé à numériser des livres rares provenant denotre bibliothèque ou du prêt inter-bibliothèques.

= Combien d'oeuvres numérisées avez-vous?

Au cours de la première phase de nos essais - entre novembre 1996 et juin 1997 -38 imprimés rares ont été numérisés en mode image pour consultation sur le web.Au même moment, on a préparé aussi quelques documents numériques pouraccompagner des cours de l'université (des extraits de documents imprimésnumérisés en mode image). Pour des raisons liées au droit d'auteur, cesdocuments ne sont pas disponibles hors du campus. L'étape suivante - que nousvenons de terminer - est la numérisation du Berlinische Monatsschrift (Revuemensuelle de Berlin), un périodique allemand datant du Siècle des lumières, quireprésente 58 volumes, 2.574 articles et 30.626 pages. On prévoit maintenant unenumérisation à plus grande échelle de périodiques allemands des 18e et 19esiècles, ce qui correspond à environ un million de pages. Ces périodiques neseraient pas seulement ceux de la bibliothèque, mais le projet serait coordonnéici, et une partie de la réalisation technique serait également effectuée surplace.

MICHEL BENOIT [FR]

[FR] Michel Benoît (Montréal)

#Ecrivain, utilise l'internet comme outil de recherche, de communication etd'ouverture au monde Michel Benoît écrit des nouvelles (polars, récits noirs, histoiresfantastiques). C'est un passionné de la vie, avec toutes ses contradictions.Professeur de maths et de sciences, il aime - et pas nécessairement dans le bonordre - la course de Formule 1, la lecture, ses enfants, l'informatique, lapêche, Rimbaud, la chasse, le jazz, et la nature sous toutes ses formes.

*Entretien du 29 juin 2000

= Pensez-vous créer un jour un site web?

Je ne sais pas si je créerai un jour un site web. Je pense que non. Tout commeje sais que je ne ferai jamais de sculpture ou ne composerai jamais desymphonie. Pour moi, la construction d'un site web est un art du type "artsappliqués". Il y a des millions de sites qui sont créés en ce moment. La trèsgrande majorité prendra éventuellement le chemin de la poubelle de l'histoire.Il est facile d'imaginer un web complètement saturé, et ça me devrait pastarder. Les fournisseurs pourraient décréter que tout site qui ne reçoit pasplus de (xx) visites par mois soit éliminé. Un peu comme toutes ces oeuvresd'art (???) des siècles passés qui ont disparu du paysage culturel, et on nepeut pas dire que ça a vraiment changé le cours de l'histoire humaine.

Donclaissons aux futurs Rembrandt du clavier le soin de charmer nos yeux.Personnellement, je me garderai de m'en mêler.

= Que représente l'internet pour vous?

J'écris. Donc naturellement l'internet s'est imposé à moi comme outil derecherche et de communication, essentiellement. Non, pas essentiellement.Ouverture sur le monde aussi. Si l'on pense: recherche, on pense: information.Voyez-vous, si l'on pense: écriture, réflexion, on pense: connaissance,recherche. Donc on va sur la toile pour tout, pour une idée, une image, uneexplication. Un discours prononcé il y a vingt ans, une peinture exposée dans unmusée à l'autre bout du monde. On peut donner une idée à quelqu'un qu'on n'ajamais vu, et en recevoir de même.

La toile, c'est le monde au clic de la souris. On pourrait penser que c'est unbeau cliché. Peut-être bien, à moins de prendre conscience de toutes lesimplications de la chose. L'instantanéité, l'information tout de suite,maintenant. Plus besoin de fouiller, de se taper des heures de recherche. On esten train de faire, de produire. On a besoin d'une information. On va lachercher, immédiatement. De plus, on a accès aux plus grandes bibliothèques, auxplus importants journaux, aux musées les plus prestigieux. On pense à une toiled'un grand peintre, un instant plus tard, on l'a devant les yeux, on peutl'imprimer pour l'étudier plus en détail. Il y a une guerre quelque part dans lemonde, un instant plus tard, on lit les communiqués de propagande d'un côté etde l'autre. La toile, le web, est en train de donner son vrai sens au villageglobal, Gaïa, la terre-mère.

= Comment voyez-vous l'avenir?

En ce moment, juin 2000, il est extrêmement difficile de faire quelqueprédiction que ce soit sur le futur d'internet. Toute prospective le moindrementpointue, techniquement par exemple, sur l'évolution du net sera certainementfarfelue dans un futur plus ou moins rapproché. On peut y aller d'idées, encoreque ça doit être très général. Pas par crainte d'être ridicule, le ridicule netue pas, c'est connu. Non, par souci d'honnêteté, tout simplement.

Mon avenir professionnel en inter-relation avec le net, je le vois exploser.Plus rapide, plus complet, plus productif. Je me vois faire en une semaine cequi m'aurait pris des mois. Plus beau, plus esthétique. Je me vois réussir destravaux plus raffinés, d'une facture plus professionnelle, même et surtout dansdes domaines connexes à mon travail, comme la typographie, où je n'ai aucunecompétence. La présentation, le transport de textes, par exemple. Le travailsimultané de plusieurs personnes qui seront sur des continents différents.Arriver à un consensus en quelques heures sur un projet, alors qu'avant le net,il aurait fallu plusieurs semaines, parlons de mois entre les francophones. Plusle net ira se complexifiant, plus l'utilisation du net deviendra profitable,nécessaire, essentielle.

Parenthèse: est-il si farfelu de penser que les historiens des années 2100considéreront l'avènement du net comme un événement aussi, sinon plus, importantque la révolution industrielle? Le feu, l'agriculture, la révolutionindustrielle, le net. On en est rendu à la "révolution continue de l'Evolution".

Ça me fait penser à ce merveilleux texte Desiderata, découvert dans l'égliseSaint-Paul à Baltimore en 1693, je pense. J'en cite de mémoire une phrase qui mehante: "Que vous le compreniez ou non, que vous le vouliez ou non (c'estpeut-être de moi), l'univers évolue comme il se doit." J'y crois. Je croissincèrement qu'au travers l'incroyable désordre de l'Evolution, il n'y a rienqui soit soumis au hasard. "Dieu n'a pas créé un monde soumis au hasard", disaitEinstein à Bohr lors d'une de leurs homériques prises de bec.

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Beau noeud de vipères, cette affaire. Non pas les débats sur la reproduction parle net, mais la reproduction elle-même. La musique, le cinéma, la littérature,tout va y passer. Peut-être suis-je trop optimiste, mais je crois que ce qui estun problème aujourd'hui trouvera sa solution demain. Lors de l'avènement de laphotocopie, on s'est posé les mêmes questions. C'est évident qu'il y a eu desabus. Beaucoup d'auteurs ont été joyeusement floués par des enseignants à lamoralité douteuse qui photocopiaient, sans vergogne, des textes protégés par desdroits d'auteur. Les choses se replacent et plusieurs pays ont voté des loissévères à ce sujet. Idem pour la reproduction électronique, soit d'oeuvresmusicales ou visuelles, on ne peut plus faire n'importe quoi sans qu'il encoûte. Je pense qu'il en sera de même pour les documents informatiques,programmes, textes, utilitaires ou autres. Les CD, jeux, musique ou vidéosseront incopiables parce qu'ils auront des programmes autodestructeurs insérésdans leurs trames numériques. Science-fiction?

La science-fiction d'aujourd'huiest la réalité de demain, demandez à vos grands-mères.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Lorsqu'un problème affecte une structure, quelle qu'elle soit, j'ai toujourstendance à imaginer que c'est techniquement que le problème trouve sa solution.Vous connaissez cette théorie? Si les Romains avaient trouvé le moyen d'enleverle plomb de leur couvert d'étain, Néron ne serait jamais devenu fou et n'auraitjamais incendié Rome. Escusi, farfelu? Peut-être que oui, peut-être que non. Eque save? L'internet multilingue? Demain, ou après demain au plus. Voyons,pensez au premier ordinateur, il y a de cela un peu plus que cinquante ans. Unétage au complet pour faire à peine plus que les quatre opérations de base.

Dansce temps-là, un bug, c'était véritablement une mouche - ou autre insecte - quis'insérait entre les lecteurs optiques. De nos jours (2000), un carte de 3 cm x5 cm fait la même chose. La traduction instantanée: demain, après-demain auplus.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Les mails que j'échangeais avec les gens de B-52, la radio libre et clandestinede Serbie, pendant le conflit du Kosovo. En 1978, j'ai visité cette région. Jepouvais sentir leurs souffrances, leurs anxiétés, leurs espoirs.

C'est vrai queje me sentais impuissant devant le drame qui se jouait à des milliers dekilomètres de chez moi, mais, au moins, je pouvais parler, témoigner.

= Et votre pire souvenir?

Les quelques rares visites que j'ai faites sur les chats. Le vide, l'ennui quis'y distille. L'inculture qui s'y exprime aussi. Désolant, en même tempspaniquant. Quelqu'un qui écrit: "Ya man, yyyyyyeeeeeeesssssss, j't'aim 4 ever myluuuuuuvvvvvvvvvvvv" me semble incroyablement désespéré. Un jour, lestravailleurs de rue, qui s'occupent actuellement des itinérants et des drogués,travailleront sur le net à récupérer cette humanité souffrante. Je pensesincèrement que, avec la porno, le chat est la poubelle du net. C'est tout ceque j'en pense, et c'est déjà trop.

= Une citation qui vous est chère?

Harlan Ellison a écrit ces mots magnifiques: "Écris. N'aie pas peur. Ne leslaisse pas t'effrayer. Ils ne peuvent rien te faire. Un écrivain écrit toujours.Il est fait pour ça. Si on ne veut pas te laisser écrire ce que tu veux, si onte démolit sur le marché, alors cherche un autre marché. Fais tout ce que tupeux, mais écris. Si tu dis: 'ils me tuent', alors tu es foutu. Parce que toutce qu'un écrivain a d'essentiel à vendre, c'est son courage. S'il n'en a pas, ilest le plus minable des lâches. C'est un foireux et un hérétique, parcequ'écrire est une tâche sacrée."

GUY BERTRAND & CYNTHIA DELISLE [FR, EN]

[FR] Guy Bertrand & Cynthia Delisle (Montréal)

#Respectivement directeur scientifique et consultante au CEVEIL (Centred'expertise et de veille inforoutes et langues)

Créé en 1995, le CEVEIL est un organisme québécois qui s'intéresse àl'utilisation et au traitement des langues sur les inforoutes dans une optiquefrancophone, via des activités de veille et la création d'un réseau d'échangeset d'expertise. Le CEVEIL s'intéresse également aux industries de la langue engénéral (reconnaissance vocale, traduction automatique, reconnaissance optiquede caractères, etc.) et à des domaines d'activité connexes, tels la gestionstratégique de l'information, la gestion des connaissances, la normalisation, lastandardisation, etc. Le CEVEIL fait partie du CEFRIO (Centre francophoned'information des organisations).

[Entretien 23/08/1998 // Entretien 13/03/2000 // Entretien 04/06/2001]

*Entretien du 23 août 1998

= Quel est l'apport de l'internet pour votre organisme?

Mentionnons, tout d'abord, que l'existence du web constitue en soi une desraisons d'être du CEVEIL, puisque nous concentrons nos activités principalementautour de la thématique de l'utilisation et du traitement des langues surinternet.

Par ailleurs, le web est notre principal terrain de cueillette d'information surles thématiques qui nous préoccupent. Nous procédons notamment à unefréquentation assidue des sites abordant nos thématiques de travail - plusparticulièrement des sites diffusant des nouvelles quotidiennes et/ouhebdomadaires. A ce niveau, on peut affirmer sans hésitation que nous exploitonsdavantage internet que les diverses ressources écrites disponibles pour réalisernos activités.

Dans un ordre d'idées un peu différent, nous utilisons abondamment le courrielpour entretenir des relations avec les intervenants du milieu et ainsi obtenirdes informations et mener à bien divers projets. Le CEVEIL

est unestructure-réseau qui survivrait difficilement sans internet pour relier toutesles personnes impliquées.

Enfin, il convient de signaler que le web constitue également notre plusimportant outil pour la diffusion de nos produits aux clientèles-cibles: envoide bulletins électroniques de nouvelles à nos abonnés, création d'un périodiqueélectronique, diffusion d'information et de documents via notre site web, etc.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

Le multilinguisme sur internet est la conséquence logique et naturelle de ladiversité des populations humaines. Dans la mesure où le web a d'abord étédéveloppé et utilisé aux Etats-Unis, il n'est guère étonnant que ce médium aitcommencé par être essentiellement anglophone (et le demeure actuellement).Toutefois, cette situation commence à se modifier et le mouvement ira ens'amplifiant, à la fois parce que la plupart des nouveaux usagers du réseaun'auront pas l'anglais comme langue maternelle et parce que les communautés déjàprésentes sur le web accepteront de moins en moins la "dictature" de la langueanglaise et voudront exploiter internet dans leur propre langue, au moinspartiellement.