Entretiens / Interviews / Entrevistas by Marie Lebert - HTML preview

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Il n'est pas impossible que, si on assiste à une véritable généralisation del'e-book, ou à travers les Psion, Palm, Wap, UMTS (universal mobiletelecommunications system)… qui sait, le papier finisse par être détrôné. Maisdans l'état actuel, le papier ne me paraît pas mort. Les premiers qui auront àsouffrir, me semble-t-il, ce sont les journaux. Puisque la fonction info etservice est déjà très répandue sur le net, via les sites des journaux eux-mêmes.Les grands médias sont en train de s'embarquer dans ce train-là, voir les sitesde TF1, Canal+, etc… Les autres (l'édition principalement) passeront encorelongtemps par l'étape tirage papier… Mais il se passe quelque chose via lessites de webtertainment dont je parlais plus haut, des habitudes se prennent,surtout chez les jeunes. Et là, une initiative comme la nôtre pourraitparticiper à un changement de la donne. En effet, l'activité proprement mail estun phénomène sociologique incontestable qui s'explique par une certainedépersonnalisation des contacts permettant aux jeunes d'oser dire plusfacilement ce qu'ils ont à dire. Paradoxalement, le texte qu'ils ont écrit leurparaît être une personnalisation de leur discours, puisqu'il existe sous formeécrite. Enfin, les fonctions envoi et retour confirment l'existence de leurdiscours, puisqu'il est lu, et qu'on y répond. Dans ces échanges là, le papier adéjà complètement disparu. L'exploration de ces formes de discours par nospersonnages est donc en pointe. Et leur communication à un large public un réelenjeu.

Enfin, je pense surtout que c'est l'arrivée du fameux "papier électrique" quichangera la donne. Ce projet du MIT (Massachusetts Institute of Technology) quiconsiste à charger électriquement une fine couche de

"papier" - dont je neconnais pas la formule - permettra de charger la (les) feuille(s) de nouveauxtextes, par modification de cette charge électrique. Un e-book sur papier, ensomme, ce que le monde de l'édition peut attendre de mieux.

= Quel est votre avis sur les débats relatifs au respect du droit d'auteur surle web?

Question épineuse s'il en est. Si c'est pour enrichir encore de grosses sociétésmultinationales et surtout leurs actionnaires (les fonds de pensions américainsque Beigbedder touche du doigt), de nombreux internautes dont je suis serebellent face au "copyright". Par contre, si c'est pour permettre à descréateurs, des artistes ou des musiciens de vivre de leurs passions, le droitd'auteur au sens noble me paraît légitime. Le débat est le même que celui del'exception culturelle face au GATS (General Agreement on Trade in Services).Copyright contre droit d'auteur! Mais il règne dans le domaine une confusionsoigneusement entretenue, ou les deux sont amalgamés. "On" fait monter aucréneau des artistes pour défendre une liberté qui pourrait ne profiterfinalement qu'aux multinationales. Firmes qui s'empresseront d'étouffer cespetits soldats de la liberté, si on leur en laisse le pouvoir, sur le net. Etoui, contrairement aux droits d'auteurs qui sont incessibles, le système de"copyright" permet à ses "propriétaires" de modifier les conditionscontractuelles aux moments qui les arrangent. On a vu plus d'un artiste parvenirà la vice-présidence de l'une ou l'autre de ces firmes grâce à ses ventesfaramineuses, puis perdre jusqu'à leur nom dès que ces ventes ne suivent plus!Il me semble qu'il faut surveiller de très près le fameux accord entre BMG

etNapster, par lequel, contre un abonnement assez minime somme toute, n'importequi pourra charger des fichiers en toute légalité. Certes BMG est unemultinationale, certes Napster est en passe de perdre son procès contre lesautres multinationales de la musique; mais ce système de forfait peut amener àdes solutions originales d'équilibre entre la liberté de l'internaute et larémunération légitime des artistes. Tenant compte de toutes ces contradictions,valider un modèle économique, puisque c'est le dernier concept à la mode dans ledomaine du net, n'est pas des plus évidents…

= Quelles sont vos suggestions pour un véritable multilinguisme sur le web?

J'attends les fameuses traductions simultanées en direct-live… On nous lesannonce avec les nouveaux processeurs ultra-puissants, mais on nous lesannonçait déjà pour cette génération-ci de processeurs. Alors, le genre:vous/réservé/avion/de le/november 17-2000… Non merci. Plus tard peut-être.

= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web auxaveugles et malvoyants?

Je suis assez proche géographiquement de la société Lernout & Hauspie, qui esttombée en faillite. C'était le leader en matière de reconnaissance vocale…Donc, je ne suis pas très optimiste dans ce secteur non plus, pas avant de pluslarges bandes passantes et/ou les processeurs ultra-puissants qu'on nous annoncedonc pour très bientôt.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Lequel? Celui des Gibson, inventeur de la formule, des Spinrad ou des Clarke,utopies scientifiques pas toujours traitées comme elles devraient l'être? Oucelui des AOL/Time-Warner, des Microsoft ou des…

J6M-Canal/Universal…

Tout ce qu'on peut dire à l'heure actuelle, c'est que ce qu'on peut encoreappeler le cyberspace est multiforme, et qu'on ne sait pas qui le domptera. Nis'il faut le dompter d'ailleurs… En tout cas, les créateurs, artistes,musiciens, les sites scientifiques, les petites "start-up" créatives, voire lesmillions de pages perso, les chats, les forums, et tout ce qui donne au net samatière propre ne pourra être ignoré par les grands mangeurs de toile. Sans eux,ils perdraient leurs futurs "abonnés". Ce paradoxe a son petit côté subversifqui me plaît assez.

= Et la société de l'information?

Dans l'idéal, un lieu d'échange, le fameuse agora du village global. Maisl'idéal… Tant que le débat existe entre les fous du net, et les VRP de la VPC,il y a de l'espoir. Le jour où les grands portails se refermeront sur la libertéd'échanger des infos en ligne, ça risque plutôt d'être la société de ladésinformation. Ici aussi, des confusions sont soigneusement entretenues. Quelleinformation, celles du 20 heures à relayer telles quelles sur le net? Cellescontenues sur ces fabuleux CD, CD-Rom, DVD chez vous dans les 24 h chrono?

Outoutes les connaissances contenues dans les milliards de pages non répertoriéespar les principaux moteurs de recherche. Ceux qui ont de plus en plus tendance àmettre en avant les sites les plus visités, qui le sont dès lors de plus enplus. Là, on ne parle même plus de désinformation, de complot de puissancesoccultes (financières, politiques ou autres…), mais de surinformation, donc delassitude, de non-information, et finalement d'uniformisation de la pensée. Sansavoir de définition précise, je vois qu'une société de l'information qui seraitfigée atteindrait le contraire de sa définition de base. Du mouvement donc…

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Incontestablement quand apparaissent mes propositions de mails ou de design desite sur le web. Quand je revois les préparatifs, les brouillons, et que je voisce que ça donne, c'est comme un flash. Au fond, c'est le même plaisir lorsquesur des Napster ou Gnutella, on trouve enfin LE morceau introuvable qu'on avaitperdu d'ouïe depuis dix ans, on le charge, on attend, 1%>50%>99%>file complete,on le lance. Raaaah…

= Et votre pire souvenir?

C'était au tout début, une de mes premières utilisations du médium. Jerecherchais dans le cadre d'un projet des sites un peu rebelles, anarchisants,des trucs comme ça. Je tape "cyberpunk" dans Yahoo!, s'affiche la classiqueliste de sites. "Anarchy on the net, cyberpunk rock the web", ce genre…J'essaye d'en ouvrir quelques uns… Surprise! Un banner "NetNanny" m'interditl'accès aux sites. Emanation d'un groupuscule de la "majorité morale"américaine, ce "NetNanny" s'autorisait à interdire les sites qui ne lui plaisentpas…

Je ne l'ai plus jamais rencontré depuis, mais quelle saleté, ce truc.Enfin, à l'autre extrémité, il y a bien le procédé dit de "l'exit console" où,au moment de sortir d'un site, on vous "propose" une autre page, puis une autre,puis une autre, impossible de sortir. Ça, je n'en ai pas fait l'expérience, maisça doit être hard. C'est d'ailleurs un procédé de site hard, ai-je lu quelquepart…

*Entretien du 25 janvier 2001

La totalité de cet entretien est consacrée à l'e-book.

= Quel est votre sentiment sur l'e-book?

E-book, e-book, ai-je l'air d'utiliser un e-book, avec ses grands yeux qui meregarderaient dans la nuit? En voilà une accroche, isn't it? ("n'est-ce pas"pour les non-polyglottes…). Pour répondre à toute question à propos d'e-book,je n'ai qu'une seule envie, me laisser aller, j'écris sous pseudonyme…D'accord, pas me laisser aller au point de cette intro, un peu, disons,légère…, mais me laisser aller à un exercice auquel j'ai pris goût il y a peu,genre "j'ai testé pour vous…". Encore faut-il pour cela disposer de l'appareildont on parle. Dites-moi donc, oui, vous aussi, là, ceux qui me lisez: quipossède un e-book? A part peut-être les quelques journalistes qui ont pubénéficier des différents modèles quelque temps, au moment de leur sortie.

Vousvoyez… Donc, rabattons-nous sur ce qu'on en dit sur internet (quelques pagesen français au hasard, ici, cette page assez bien faite, qui reprend tous lesintervenants du secteur, Olympio.com, CyLibris.com et bien sûr 00h00.com).Examinons ce que j'en sais, et ce que je déduis des deux premiers, avec quelquesraccourcis, pas la peine d'allonger la sauce. Puis, mais soyons un peu créateur,laissons-nous aller à quelques intuitions… Evidemment, cela va donner unesérie d'impressions sans doute pas très scientifiques, ni très documentées. Maisfaute de grive, pour rester dans une comparaison avicole… Pourtant, cela faitplus d'un an qu'il est sorti, non, l'e-book? Il a fait la vedette du salon deParis (oui, du livre, pas de l'automobile, qui s'appelle, lui, le mondial), ils'est invité à la foire du livre de Bruxelles (une foire…), il a été un peuéclipsé à celle de Francfort lors du rachat par Spielberg de l'idée du bouquinde Marc Lévy Et si c'était vrai, paru chez Laffont. On attend le film… oul'e-book. A voir ce qui se vend sur le net, aux USA et en France, il doit y enavoir des e-books, à moins que ce ne soit l'effet Nasdaq d'avant la chute, desinvestissements en valorisation boursière, sur le futur, paraît-il. Qui pourraitnous dire si ça se vend? La Fnac annonce pour 2000 un excellent chiffre pour lese-books, Franklin aussi. Mais à voir les forums qui y sont consacrés (notammentcelui de 00h00), ce secteur n'a pas l'air de décoller franchement…

= Quelle est la problématique?

L'e-book, en fait, pose tout simplement la problématique du terminal dédié…Sans être vraiment nouvelle, elle a été assez peu abordée pendant des années.Pour le terminal de lecture, quelques lignes dans un bouquin de SF de 1977 (LaStratégie Ender, de Orson Scott Card, prix Hugo 1986), sous forme d'ardoise"magique" pour élève studieux, l'auteur appelait cet objet "bureau"… On vientde loin. Pas la peine de faire de grandes recherches, le sujet a été assez peumis en scène, quoi qu'on en dise. On le rencontre dans les Star Trek et autresAlien 4 où on montre des variantes de l'e-book, au milieu des années 90. Il fautdire que le formidable développement de la micro (merci messieurs Jobs, Allen,Gates et consorts) semblait avoir relégué la problématique du terminal dédié àla période jurassique du développement technologique. A quoi bon inventer lemoindre de ces objets utiles à une seule application, alors que tout ce qu'ilpeut contenir ne représente que le quart du tiers de ce qu'un micro peut faire.Une seule application s'est imposée, liée à l'écran TV, c'est celle "dite" desjeux vidéo qui, elle, s'est largement répandue. De toute façon, les réseaux nepermettaient pas de charger de contenu… Et précisément, la problématique estune question de contenu, mais pas encore. D'ailleurs, pendant des années, leseul débouché des auteurs dans ce secteur a été… l'écriture de jeux vidéo!Depuis dix ans au moins, la micro plafonne. Quelques renouvellementsd'appareils, toujours aussi peu pratiques sur les applications pointuespuisqu'elles doivent tenir compte de l'ensemble de leurs applications.L'équipement des ménages s'essouffle, ceux qui se sont équipés le sont. Pour lesautres, on pénètre le marché, beaucoup plus lentement. Et voici que se gonfle labulle financière du Nasdaq… L'aubaine, les connexions permettent le contenu!En plus, la com(.com) éclate, processeurs hyperboostés, modems à bande de plusen plus large, start-up, téléphones portables…

Tiens, le voilà enfin, lepremier terminal dédié qui a éclaté, dépassant même le succès des jeux vidéo!

Labulle financière, enfin, ce qu'il en reste, continue à l'exploiter jusqu'à lacorde son téléphone portable. Et il donne à réfléchir aux autres secteurs.Organisateurs personnels, e-books, et autres lecteurs MP3

s'engouffrent dans labrêche. Même les jeux vidéo se chargent par internet, de nos jours. Le Nasdaqattend maintenant la langue pendante qu'on valide ces modèles économiques, quiont déjà englouti des tombereaux de capitaux. Je crains que si en juin, on nesent pas un sensible frémissement dans ces secteurs, ça ne chauffe sérieusementdans les start-up. Or, sans contenu, pas de marché, c'est le serpent monétairequi se mord la queue. Tout le monde sait que le contenu met du temps às'imposer. Qu'il faut tester des idées, prendre des risques, et s'attendre à nepas s'attendre à celles qui s'imposeront. Qui avait prévu le boum du

"texto"(SMS en Belgique), à l'arrivée des téléphones portables? 2 millions de cespetits messages qu'on envoie d'un téléphone portable à l'autre, ou depuisinternet, circulent chaque jour en Belgique. Un véritable phénomène de société!Alors, qui va investir dans le contenu, ne fut-ce que pour tenter de reproduirece hit?

La voilà la question du contenu… Mais d'abord, quelles applicationspermettent de fréquenter des contenus sur les terminaux les plus adaptés? Cettequestion a un petit parfum de dernière chance. C'est qu'il ne faut pas espérerattirer Billancourt avec un soft inadapté. Je crois que voilà l'heure de monfameux "j'ai testé pour vous".

= Quels sont les logiciels?

Quels logiciels donc? L'Open eBook, bien sûr, le logiciel qui est censé avoirmis d'accord la plupart des constructeurs, au début. Une manière de dérivé dulangage HTML (et XTML) principal langage d'internet (et des Waps et autres UMTSpour l'autre, le x). Ce n'est pas trop la peine de développer, tous ceux qui melisent ici savent (sûrement mieux que moi) de quoi je parle. Petite remarquefondamentale tout de même sur l'HTML. Pour une lecture classique, il y a uneparticularité intrinsèque à ce langage. Il s'affiche page par page. Jusque-là,ma foi… Un livre aussi, il n'y a qu'à la tourner, cette page. Seulement,imaginez un livre où, pour tourner la page, il vous faut vous lever, allerchercher la page suivante à la bibliothèque, vous rasseoir, et ne commencer àlire cette page qu'après toutes ces manipulations… Ereintant, non? C'est ladémarche qu'effectue pour vous l'HTML. Et parfois, sur internet, c'est long,long… Donc, solution, on allonge la page un maximum, vous permettant de fairedu "scrolling" par la barre de droite, ou directement par la souris (ahl'intellimouse, quelle invention…). Autre solution, on crée des raccourcisgenre page suivante, qui a intérêt à ne pas être trop lourde à charger. Etenfin, en droite ligne de ce qui précède, on crée les hyperliens, créant de cefait l'hypertexte. Drôle de détour, pour éviter de se déplacer de son fauteuilvirtuel à la bibliothèque tout aussi virtuelle, on invente un nouveau langagequi révolutionne la pensée contemporaine.

A quoi ça tient, tout de même, un peude paresse, un paradoxe, et voilà… Petite remarque complémentaire, comme ça,en passant. Vu l'habitude des Américains de breveter les algorythmes, il sembleque BT (British Telecom) ait l'intention de breveter l'hypertexte qu'il auraitinventé, ce qui provoquerait des situations inextricables. Une affaire à suivreassurément! Les premières rencontres que j'ai eues avec l'HTML m'ont un peudérouté, il y a longtemps déjà. Pour la consultation, soit, mais pour lalecture, la l-e-c-t-u-r-e! Puis, je suis tombé sur le site Anacoluthe.com, celuioù Olivier Lefèvre a mis en scène les fameuses Apparitions Inquiétantesd'Anne-Cécile Brandenbourger. Réconciliation immédiate avec l'HTML. Enfinquelque chose à faire avec la matière littéraire qui s'entassait depuis desannées dans mon ordinateur complètement autiste.

On frise l'approche du contenu,là…

= Et à part l'Open eBook et l'HTML?

Je ne vous ai pas encore parlé de Bill (hi Bill), un comble lorsqu'on aborde uneproblématique de logiciel, quelle qu'elle soit… Il n'y a rien à faire, il nepeut pas s'empêcher, dès qu'il y a un nouveau logiciel à mettre au point,Microsoft se lance. Incorrigible… Et voici, mesdames et messieurs, "le"logiciel de lecture sensé effacer tout les autres: j'ai nommé Microsoft Reader!C'est quasi comme ça qu'il se présente, comme d'hab.

Et comme d'hab, c'est topcool ;-)… C'est qu'ils en ont des dollars, à Seattle. Téléchargez-le ettestez, vous verrez, en plus c'est gratuit. Vous aurez même droit à un (toutpetit) document de présentation. J'attends tout de même de voir tourner le trucen réel, avec un bon gros bouquin bien lourd, plein de sens…

Adobe,l'acrobate, ex-Glassbook, qui, soit dit en passant, va changer de nom d'ici peu,lui, ça fait longtemps qu'il officie dans les réseaux (le PDF, grand classiquedu genre). C'est un assez bon format de chargement, d'impression, et de lecture.Il est gratuit aussi, chez Barnes & Noble par exemple, qui diversifie sessources, en 2001. Pas comme Amazon.com qui reste Microsoft Reader pur et dur.Encore qu'ils annonçaient pour janvier la possibilité de commander les eBookmande Franklin. Ils y sont,mais il faut les trouver: rubrique

"Electronics", etbrowser le nom de l'objet. La référence e-book livre du Microsoft Reader, cqfd.Mais tous ces logiciels manquent un peu de fantaisie, et de liberté de choix.Plutôt le format page que le format plan ou normal, ce sont eux qui choisissentpour vous. Or moi, j'aime choisir, varier selon ce que je lis, l'endroit où jesuis… Tiens, le Cytale me donne en prime le choix des caractères… Tandis quel'Adobe m'offre un

"rotating system", pour lecture sur "notebook computer".Parce que les autres pas? Non, je n'ose l'imaginer.

Et si, la plupart dessystèmes proposent du format "à la française", plutôt que celui "à l'italienne";il paraît qu'on le préfère depuis les Egyptiens… Un seul document classiqueaurait été publié "à l'italienne", en largeur donc, dans l'histoire del'édition. Mais pourquoi ne pas profiter de la nouveauté pour donner le choix?Surtout si l'on pense aux nombreuses éditions autres que les livres classiques.Livres d'architecture, plans, livres d'art, BD, livres pour enfants, et touteautre application possible. Tiens, un exemple, comment fait-on pour avoir lefameux "tube" éditorial 2000 en e-book: La terre vue du ciel? Il est biendisponible en écran de veille à l'adresse Photoservice.com. Ce manqued'ouverture risque de bloquer un certain nombre de possibilités. Ne dit-on pasque le premier marché visé est celui des applications professionnelles,éducatives ou de documentation? C'est justement dans ces domaines que desdemandes particulières peuvent surgir inopinément. Autant le prévoir. Allonsbon, nous voilà revenus aux ardoises magiques…

= Le e-book est-il une ardoise magique ou un soft?

Quand on fréquente tous ces softs, on s'aperçoit d'une confusion qui me semblesoigneusement entretenue.

Qu'entend-on exactement par e-book? Personne n'estcapable de répondre à cette question toute simple.

Personnellement, et j'aiouvert ma réflexion par ça, je voyais le petit objet portable sur lequel on litdes livres numérisés. Sur le site Microsoft et celui d'Adobe c'est plutôt lesoft qui permet de lire ces livres, tandis que sur ceux d'Amazon.com, de Barnes& Noble, et des autres vendeurs de "contenu" en ligne, l'e-book, c'est toutsimplement les livres qu'on vend. Et encore, Amazon.com ne vend son "contenu"qu'en Microsoft Reader, et si chez d'autres le choix est plus grand, ces"contenus" paraissent un peu "prétextes commerciaux". Chez 00h00, on ne vend quedu Rocket eBook, hormis bien sûr, le PDF dont ils sont les pionniers. Parcontre, chez PeanutPress.com, vendeurs d'ouvrages du commerce on a même droitau…

Peanut Reader! Et d'autres initiatives voient le jour, genre édition àcompte d'auteur chez Publibook.com, qui permet pour un forfait modique d'êtrevendu sur le site en format papier et en format Palm Pilot et Rocket eBook.Certes, ils allouent à l'auteur entre 18 et 36% des ventes, mais au milieu d'uncatalogue qui pourrait aller jusqu'à 6 millions d'auteurs, sans critères, sansréférences, n'est-ce pas un peu une manière

"d'arnaque classique" du compted'auteur adaptée au net? A voir. Initiative peut-être plus riche, celled'Olympio.com, initiée par Françoise Bourdin, qui suit un peu mieux les auteursqu'ils publient, mais dont le Reader Olympio (était-ce bien utile?) ne marchepas si bien, dit-on. Quelle importance, me direz-vous? Tout d'abord, on constateque des plus gros vendeurs aux initiatives marginales, tous ne s'intéressentqu'assez peu à l'objet e-book. Ils ont l'air de se contenter de "vendre" du softet les livres qui vont avec… Certes les softs sont gratuits, mais est-ceencore la tendance actuelle du Nasdaq? Dans la réalité actuelle du marché, celarevient majoritairement à charger le livre choisi sur son ordinateur fixe. Orqui va lire un livre pendu à son ordinateur fixe, à moins de l'imprimer, pendantun temps plus ou moins long, selon le type d'installation et d'imprimante? Moiquand je lis, j'aime lire n'importe où, dans n'importe quelle position, dansl'escalier, dans le métro, aux… Partout quoi. Donc, pour vraiment démarrer,les e-books devraient impérativement être portables. Et bien, figurez-vous queces portables ont chacun leurs softs (tous dérivés de l'Open eBook semble-t-il).On ne choisit pas son application. Pour peu qu'elles soient trop rigides, et onregrette son achat. Le seul fait de penser qu'on risque de regretter son achatn'est pas très bon pour les chiffres de ventes… D'où l'importance de lafluidité du soft. Et de sa compatibilité! On a l'air parti vers le terminaldédié non seulement à la lecture exclusivement, mais à la lecture via un softdédié à l'appareil exclusivement. Donc, celui qui maîtrise le contenu sur lesoft qui se vendra le mieux (hi Bill)…

On tourne en rond, voilà pourquoi jepense la confusion soigneusement entretenue. Celui qui possède le plus grandnombre de livres en "droits numériques" vendra le plus de soft, de books, etd'appareils… La concurrence va bientôt faire rage dans le domaine des achatsde droits, si elle ne le fait pas déjà. Et le Rocket eBook de Gemstar, iln'était pas sensé avoir rejoint l'Open eBook? Parce que la première pub, ici,c'est "no scrolling!"… Or, sur 00h00, ceux qui ont essayé le Rocket eBookexpliquent comme il est agréable de faire défiler les pages du livre qu'ilslisent. Ce mode "tourner la page", ressemble à une fonction hypertexte déguiséeen "la" fonction "livre" la plus classique. En fait, comme les autres, cete-book a son propre système de lecture (le RCA REB 1100) inclus dans la machine.Moi, on l'a vu, je suis plutôt

"scrolling"… Chez Microsoft (j'écris en Word,et oui, personne n'est parfait…), je choisis plutôt la "view"

normale plutôtque celle à la "page", et je "scrolle", je "scrolle". Très souvent, en HTML,plutôt que de cliquer l'hyperlien pour le chapitre suivant, je scrolle…Peut-être est-ce que je trouve plus important de réserver les hyperliens à desfonctions plus évoluées? Ou cela me permet-il de survoler le texte etd'accrocher des mots au passage, comme une première familiarisation avec lespropositions de l'auteur? Je ne sais pas très bien. Evidemment si le texte nousfait des centaines de pages… Tandis que dans tous ces logiciels, leshyperliens nous sont présentés comme outils de navigation. Chapitres suivants,mots-clés, notes de bas de page, même les signets en sont. Bien, très bien même,pratique, ça roule, rien à dire. Mais un peu autiste, non? Dans les démostéléchargeables, on finit très vite par tourner en rond. Chez Open eBook, outrela navigation, chapitre, etc…, les liens sont présentés en plus comme desréférences à des publications en ligne. Simplement, quand on lit sur un e-bookportable, on est censé être hors ligne, donc ces liens donnent sur… le vide!Impressionnant! Un peu schizophrène aussi. Quelques systèmes plus intelligents,comme le Franklin Reader, proposent des versions pour… Palm Pilot. Version quidans ce cas précis risque de concurrencer son propre eBookMan, dont le nom estassez bien choisi, remember walkman, discman… Il est censé sortir en février,mais les informations diffèrent selon les sources. Il est en tout cas enprécommande (voir Amazon.com). Quoiqu'il en soit, le gros avantage de chargerune version e-book sur son organisateur, c'est que dans un avenir très proche,avec l'UMTS, il sera relié à un réseau fiable en permanence. Déjà, au Japon, lagénération actuelle de téléphone portable relié au réseau permet la lecture (pari-mode l'intermédiaire entre le Wap et l'UMTS), et c'est un des "top succès2000": 15 millions de Japonais l'utilisent. Par contre, nulle part ceshyperliens ne sont présentés comme vecteurs de sens. Sans doute est-il troptôt… Et oui, c'est du contenu…

= Parlons maintenant du contenu.

Bon, ça va, on va en parler du contenu, je sens que vous insistez. Dans l'étatactuel des choses surtout telles qu'amorcées plus haut, le contenu, c'est "la"killer application à trouver! C'est l'eldorado du 3è millénaire, dont on est sûrqu'il durera mille ans, lui: c'est "le" millénaire du siècle! Tous ceux quis'occupent de contenu se regardent en chien de fusil, dans l'attente de la finde ce misérable "effet Bush" qui freine le Nasdaq. Et chacun d'être sûr qu'il ladétient, cette killer application. La concurrence! Les yeux braqués surl'immédiat, y en a-t-il un qui se penchera sur les véritables trésors entassésdepuis des millénaires dans les bibliothèques du savoir? Et qui cherchera à lediffuser dans les réseaux? A voir les millions de pages non référencées par lesmoteurs de recherche les plus courants, dont je parlais dans mon précédententretien, ça m'étonnerait.

Quoique… Tous ce qui se dit dans les sites, forumset actes de colloques autour du livre numérique depuis 1998, à l'initiative dedifférents pouvoirs publics (ministère de la culture, missioninterministérielle), et de référents en la matière (00h00, Cytale…), tousjurent la main sur le coeur avoir cette perspective comme but ultime. Et eneffet, il semble que la numérisation du domaine public soit en bonne voie. Maispour ceux qui cherchent à télécharger gratuitement ce type d'oeuvre, où sont lesréférences? Qui aura le courage d'inventer

"le Napster, le Gnutella" de lapensée? Et ce, en toutes les langues? Qu'on ne se laisse pas paralyser par lesactions d'une justice qui a montré ses limites en se choisissant souverainementson dirigeant suprême, le procès Napster est bien celui de puissantesmultinationales et non celui de pauvres auteurs spoliés. Elles détiennent lamusique, le cinéma, mais pas la pensée… Les bibliothèques publiques peuventencore avoir leur mot à dire. Seulement, ils font peur ces quelques commerçantsdéfendant leur beefsteak - littéralement, leur morceau de boeuf - ici, leur partde marché. Elle n'est pas si négligeable, si elle permet aux artistes actuels devivre de leur talent. Mais ça s'arrête là. Leurs actions deviennent écoeuranteslorsqu'elles se mêlent de breveter le vivant. Les grands penseurs du passédoivent pouvoir rester vivants. Il est donc hors de question de les nourrir deleur propre chair, sous forme de farine littéraire, si vous voyez ce que je veuxdire… Surfez donc sur les sites de vendeurs de contenu: tous proposent detélécharger gratuitement des

"oeuvres", et quelles oeuvres! Si on aime lespetites nouvelles genre Reader's Digest, ou les vieux Sherlock Holmes à deuxsous… Bref, on devrait pouvoir se connecter pour capter ce que l'on veut desgrandes oeuvres de toujours. Dans ce cas, je ne vois pas ce qu'il y aurait derébarbatif à acheter les derniers trucs à la mode, ceux qui sont présentés danstoutes ces libraires amazoniaques en ligne. Ces quelques envolées lyriques poursignaler à qui de droit que l'ardoise magique peut toujours permettre d'éduquerles masses, comme à l'époque glorieuse de la 3è (république, pas internationale,ni millénaire d'ailleurs, ce serait

"le"…). Qui aura le courage (financier) demettre en place une structure simple de contact entre ces applications e-book,et ce contenu encore totalement libre de droit que constituent les millions depages littéraires, scientifiques, philosophiques disponible sur le net à quivoudrait aller les chercher. Franchement, il faudrait les déboguer, ces pages,c'est peut-être là qu'il se cache, le "bug" de l'an 2000, dont on a tous oubliéjusqu'à l'existence… Terra incognita, on parlait d'Eldorado, tout à l'heure…C'est de ce genre de truc que je parle, quand je parle de killer application. Ence sens, l'objet e-book aurait plutôt intérêt à bénéficier d'un disque dursolide, sur le modèle du Juke Box Nomad MP3 de Creative, qui bénéficie d'undisque dur de 6 giga, permettant de charger en MP3 environ 100 heures de musique(70 CD!), une aubaine pour les adeptes du "peer to peer"; musical. Je ne saispas si les jeunes vont adorer, mais le genre "laisse tomber l'ordinateur depapa, et grâce à ton ardoise magique, prépare ton cours par téléchargementdirect", ça devrait le faire… Question de communication intelligente. De toutefaçon, si personne ne le fait, ça se fera tout seul, via le "peer to peer", ceprocédé mis au point justement par les "Napster" et autres "Gnutella". Et cesera pire pour les détenteurs de droits, tant pis pour eux… Que fait lamission interministérielle? Si ce n'est pas de l'exception culturelle, ça…

= Comment sécuriser le contenu?

En matière de multilinguisme sur le net, ce sont surtout les traductions d'uncode d'identification à l'autre qui règnent. C'est à dire des trucs du genreISAN (international standard audiovisual number), UMID (unique materialidentification) et surtout DOI (digital object identifier), qui a certainementson utilité d'identification lorsqu'on charge le dernier truc à la mode. Ce typede vente en ligne est censé faire fonctionner le bazar, on est bien obligé de leconstater, mais le côté policier de son identification devrait s'arrêter en mêmetemps que la notoriété du "tube littéraire". Question de choix de société. Textequi devrait être ensuite échangeable sous d'autres modalités financières, avantd'entrer dans un domaine public plus ouvert. Les modalités proposées aujourd'huiimpliquent un vecteur de transmission de la culture qui identifie un peu tropson consommateur. Ce qui représente un danger, quand on pense à l'utilisationqui pourrait en être faite. C'est contraire à la Convention de Genève en matièrede droit de l'homme, et même à celle de Berne, en matière de droit d'auteur. Sile droit d'auteur est un droit de l'homme comme le proclame la fondationBeaumarchais de la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques, ndlr),ou plus simplement le salaire de l'auteur comme le disent les sociétés de droitsd'auteurs musicaux, il ne faudrait pas qu'il devienne un intégrisme tropcapitaliste. Comme le disait Patrick Altman dans Libération (du 6 avril 2000,ndlr), ce système de mise au net totalement exclusive représenterait "lapremière fois depuis la tradition orale, [qu']un vecteur de transmission de laculture permet[trait] de donner sans être dessaisi de son don".

Tristeconstatation, non? La validation du modèle économique vaut-elle tous lesrenoncements? Peut-on viser l'équilibre budgétaire sans vendre son âme? Que neferait-on dire à Faust… Qu'il préfère Big Brother à Don Quichotte? Toujoursest-il que le principal reproche qu'on peut faire au système de téléchargementd'ebook (qu'importe le logiciel), c'est qu'il faut s'identifier pour avoiraccès à la culture. Et qui pourra nous dire qui en sont les propriétaires, de cesystème, et qui en sera propriétaire demain? Celui qui utilisera de telles basesde données à des fins commerciales ou politiques sera le "king" du siècle, etplus s'il est assez puissant.

C'est le 3è millénaire qui doit durer mille ans,pas un autre 3è plus hypothétique, mais plus effrayant (dans ce domaine, cen'est pas vraiment ce que le 20è a inventé de mieux)… C'est, si on veut, unretour à des pratiques obscurantistes plutôt sectaires que d'aucuns refuseraientde cautionner. Quoique si on observe ce qu'il se passe dans les chats, jeux derôles, ou plus simplement identifications dans diverses applications, le pseudoest roi! L'anonymat finit par supplanter l'identité, avec le cortège deconséquence que cette formule charrie à tous niveaux… S'il est le plus souventpossible de retrouver le demandeur, ce n'est pas sûr à 100%.

Certains pourraientcraindre que cette faculté d'anonymat et de pseudonymes se développe et serépande, annihilant ainsi les possibilités de traçabilité des oeuvres. Raison deplus pour limiter ces facultés de traçabilité aux "oeuvres" qui en ont un réelbesoin économique, et d'empêcher que les autres ne soient captées par cettelogique. On peut s'en passer. D'ailleurs, le "peer to peer" (P2P), encore lui,sera très bientôt trop compliqué à contrôler et il s'échangera très bientôttoute oeuvre à la portée du premier utilisateur venu.

Un des fondateurs deGnutella, Gen Kan, 24 ans, l'a déclaré récemment en mettant en route sa nouvellestart-up de mécanique logicielle en vue du "peer to peer", Gonesilent.com, quisortirait du domaine musical. Pour lui, il faut s'attendre à voir circuler lesoeuvres, les citoyens le demandent. C'est aux détenteurs de droits de s'adapteraux techniques de plus en plus pointues. Quant à savoir si ce contact directentre explorateurs d'hypertexte représente une plaie, un "forward" ou un"save"…

= Qu'allez-vous lire sur votre e-book?

Bien, admettons donc que l'idéal se soit réalisé: via un forfait basique, j'aiaccès aux oeuvres de référence que je veux, j'ai parcouru ce dont j'avaisbesoin, j'ai commandé les trois ou quatre bouquins dont au sujet duquel tout lemonde cause, ça balance pas mal à Paris, merci. Je les ai payés, puis les ai lusdans toutes les positions du kamasutra, certains, missionnaires (!), d'autres,dans le métro, dans l'ascenseur, sur le bureau.

Dans un lit, même! Et quid? Jem'ennuie à nouveau. L'application classique de l'e-book m'a permis d'acheter ledernier Brett Easton Ellis, le dernier Beigbedder, le dernier Houellebecq(quoiqu'il soit meilleur à réciter ses poèmes sur fond trip hop en MP3 en cemoment, chez Tricatel.com), de trouver enfin le bouquin de William Gibson(Neuromancien, 1986, ndlr) avec la fameuse formule impérissable sur lecyberspace, j'y ai ajouté le 3001 de Clarke et quelques bons vieux NormanSpinrad et Philip K. Dick pour faire bonne mesure… Et ce, sans les éternelsatermoiements: le "libraire de grande surface", débordé, qui doit le commander àl'éditeur, qui en réfère plus haut avant d'envoyer le communiqué laconique:produit épuisé…

Ou le libraire.com qui envoie une réduction pour la prochainecommande parce qu'il n'est pas sûr d'honorer celle-ci dans les dix jours, aveuimplicite qu'il ne comprend même pas de quoi on lui parle…

Malheureusement cesquelques caricatures représentent la majorité des cas, rien ne remplacera leconseil d'un libraire érudit, mais il en reste si peu… En reste-t-il? (Don'tthey, pour les non-polyglottes). S'il en restait, ils m'orienteraient vers larecherche des grands classiques, il paraît qu'ils sont libres de droit, si on encroit ma killer application (plutôt publique). Mais tout ça va-t-il faireacheter Billancourt? L'e-book se situe dans une économie technique qui ne survitque par l'écoulement de ses produits. A l'inverse de son contenu, qui luin'existe que dans une économie de prototype créatif qui ne répond qu'à la loides rendements décroissants. Fameux paradoxe, explosif… Et dire que c'est surcette pierre que certains fondent l'économie du prochain millénaire. Tant mieux.La société de l'information a du bon finalement. Elle doit être informée, et lesinformateurs, les créateurs, en sont la pierre angulaire. C'est sur les outilsde navigation que ça accroche. Non seulement, ils sont aux mains d'on ne saittrop qui, voir plus haut, mais en plus, intrinsèquement, ils ont le pouvoirculturel de fausser la pensée. Pas moins. C'est la faute à l'hypertexte, qui nefait pas que des bêtises, à vouloir être breveté, il en fait lire aussi, commedirait l'autre. Surtout lorsqu'il ne sert qu'à la recherche factuelle. Imaginezun e-book d'enfer, "tout ce que tu aurais voulu savoir sur…" (de chezMarabook), on n'entre dans les différents chapitres que par les liens dusommaire, et "l'oeuvre" est tellement volumineuse que personne ne litl'ensemble. Ce qui ne dérange pas grand monde, au fond. Mais la voilà, la killerapplication, l'édition "tout ce que tu aurais voulu savoir sur…"! Sauf quenotre chef de collection à la tête de l'équipe de rédacteurs (où est l'auteur?),n'a voulu choquer personne. Et il a un peu mixé les concepts. Avec une qualitéde titre qui en étonnera plus d'un, il aura mis en place une idée sous un titre,et son contraire sous un autre. Sans aucun point de vue. Toute la culture dumonde sur le même pied.

Ca se vend, c'est donc excellent. Un peu comme si unsite aussi prestigieux que Yahoo se permettait de vendre, au milieu d'antiquitéscommunistes de l'ère de l'URSS, des objets de nostalgie nazie. Impensable au 21èsiècle? A voir ce que l'on voit en matière d'information sur les médiasinternationaux… Quelle que soit la qualité des intervenants, un charnier à10.000 morts dont on connaît les responsables (quand ils sont avérés), est surle même pied que le dernier battement de cil de la starlette du mois (du jour,de la semaine, pas du siècle et encore moins du millénaire). C'est l'effetzapping. S'il faut en passer par là, on peut le faire avec un peu plus depanache. Voyez les mix que propose le MP3. Certes, c'est de la musique, et lesDJ sont à la mode… Mais au fond, que font-ils d'autre que ce qui est décritplus haut. Ils compilent des oeuvres, en font une bibliothèque (musicale),qu'ils distillent à leur gré selon leur humeur, selon la demande de ceux quiravent avec eux, selon l'inspiration. C'est plus engageant que la culture"Marabook", non? Demandez à votre libraire…

= Que pensez-vous du Cybook de Cytale?

Dans le genre, Cytale, au demeurant un projet très sympathique, a fait trèsfort. La petite BD qui présente la journée d'un e-book addict est tordante! Queva-t-il lire comme journal numérique du matin, le client qui a téléchargé leCytale? Le communiqué AFP à peine relifté par un journaliste stagiaire? Nonmerci, il a déjà RTL. Par contre, peut-être si, à la manière d'Europe 1 grandeépoque, on lui offrait un décodage de l'info façon "Pas vu à la télé", soitquelques commentaires acides des communiqués de presse qu'il entend en directlive, peut-être prendrait-il le temps, le soir, de se brancher pour charger ça.Un peu comme Europe 2

qui diffusait les Guignols de l'info de Canal+ (versiongrande époque aussi) le lendemain matin, à l'heure de l'info… Un truc qu'onattend… Attention, objectivité journalistique: à la moindre citation, on metle lien, et on diffuse! Le fameux communiqué AFP est accessible par un simpleclick sur le titre. Qu'on voie ce que le type de la radio en a fait… Ca feraitpeut-être rire, et acheter… Petite killer application gratuite, bien plusréjouissante que celles qui précèdent… A d'autres moments décrits dans lajournée d'un "cytalien", le besoin de l'apport de notre libraire pourrait sefaire sentir. Tiens, j'ai envie de l'appeler e-libraire, ou mieux, E-bJ(l'équivalent au sein d'une rédaction e-book d'un disc-jockey, un E-book Jockey,en somme [prononcez I-bjay au lieu de Di-Jay]). Cytale nous dit: "Midi : unepetite nouvelle, le temps de la pause déjeuner, ou un poème au soleil." Ils sonttrop cool chez Cytale, qui a le temps de télécharger quoi que ce soit commepoème, la veille (même le dimanche)? Quant à la petite nouvelle, si c'est cellequi est disponible gratuitement sur Amazon.com, j'hésite… Je corrigerais laphrase en, au moins: "Midi : mon e-libraire, ou Eb-J, que m'a-t-il envoyé commepetite nouvelle ou comme poème à lire au soleil, le temps de la pause déjeuner?"J'espère qu'il en tient de bonnes, ce libraire érudit du 3è millénaire… Etc'est reparti dans toutes les positions du kamasutra (certaines, missionnaires(!), d'autres, dans le métro, dans l'ascenseur, sur le bureau. Dans un lit,même!) On s'ennuie déjà beaucoup moins, non? Savez-vous que les nouveaux e-booksproposent des lecteurs MP3? C'était pour la lecture aux aveugles de leursoeuvres préférées, au départ, et c'est tant mieux, merci à eux. C'est peut-êtrepar là qu'on diffusera cet eBookman de chez Franklin, malgré ses mémoires un peufaibles. Bref: "écouter le dernier Red Hot (Chilli Peppers pour lesnon-polyglottes) téléchargé en P2P en étudiant le cours téléchargé de la mêmemanière, tout ça dans le métro; puis, dès la matière maîtrisée, passer plutôt àla lecture du texte des Guignols de ce matin, et pourquoi pas, à la vision del'extrait en vidéo, et là, qu'est-ce qu'on rigole!" ressemble plus à l'avenir del'e-book comme outil éducatif que tout discours marketing. Et nous voilà repartivers un terminal multi-fonctions… C'est terrible, l'informatique, la véritéabsolue d'un paragraphe est démentie dans le paragraphe suivant…

= En bref, on peut passer d'un clic de Shakespeare à l'hypertexte.

En tout cas, à travers ce type de comportement, il est à parier que Shakespearesoit définitivement aussi accessible que Britney Spears, entre deux "chat"rappelant à ses connaissances où on est, dans le métro donc… Qu'on se méfiequand même. L'expérience du "peer to peer" montre que le rôle du médiateur tendà disparaître, ne devenant qu'une branche des métiers du marketing. Le"consommateur" chargeant en majorité ce qui est le plus souvent référencé, quil'est donc de plus en plus. Adieu notre libraire, et revoici la ronde infernalede l'oeuf du serpent qui se mord la queue…

Shakespeare, c'est le type qui a mis en scène Gwyneth dans Shakespeare in love.A moins que ce soit celui qui ait inspiré Léonardo (Di Caprio) dans son Romeo &Juliet, avant qu'il ne sombre dans une mer d'indifférence, noyé par une fictionplus forte que lui. Titanic, on connaissait la fin, et il y avait même unorchestre… Parce que dans son métro, là, notre Gwyneth du troisième millénaire(celle des Red Hot), et son voisin, genre Billancourt post 2000 qui litParis-Turf sur son e-book, ils utilisent l'e-book de la manière la plus basique,et c'est ce qui devrait faire son succès, s'il doit être au rendez-vous.Zapping, Deejaying, c'est la fast culture, si possible interactive et reliée auréseau, en téléchargement permanent. J'en connais qui grimpent au plafond, ausimple énoncé de ces "mots" inexistants dans un vocabulaire normalementconstitué (même Microsoft ne les a pas dans son dico de correction). On oublietrop souvent que notre ami Shakespeare justement a enrichi la langue anglaise denombreux mots nommant les techniques et innovations de son temps. Le plussouvent, à part le latin et le grec, il s'est inspiré du français, une deslangues les plus vivantes du moment. C'était vers la fin des années 1500, il esttemps de renouveler, non?

Alors n'y a-t-il pas autre chose à proposer? Vousai-je parlé de l'hypertexte? Normalement, là, on l'a bien préparé, notre cobayede Billancourt, il clique, il surfe, il lit. Si on ne veut pas qu'il ne chargeque ce qu'il connaît déjà, c'est le moment de lui présenter de nouvellesdimensions. Si notre abonné suit le feuilleton, il finira bien par chercherautre chose. Même ses mails l'ennuient, il en reçoit trop… Et s'il lisait ceuxdes autres… Petite référence au bluemailer du websoap auquel j'ai participé,qui n'échappera pas au lecteur attentif de notre précédent entretien. C'est àmon sens ce type d'application, qui permettra bientôt d'anticiper en matière dedéveloppement e-book et apparentés. Ce type d'outil de publication permettrad'organiser les liens de ce qui sortira jour après jour sur un tel réseau: desinfos référencées, archivées, avec liens de l'une à l'autre, des choix de texteschoisis, liés à d'éventuels titres MP3 lancés dans l'application, liens à desconnexions permettant le téléchargement d'oeuvres dans le domaine public, liensà d'éventuels extraits vidéos… Bref un e-book qui serait devenu plutôt "UMTS"et enfin devenu un média à part entière. Notre animateur de réseau pourra à cemoment-là penser à charger une fiction interactive qui contiendrait des lienshypertextes, du type de ceux qui ont été mis en place dans le websoap. Ainsi, lelecteur ou la lectrice, un(e) be(au)(lle) captif(ve), tournera dans lelabyrinthe d'une fiction organisée par un auteur ou une équipe d'auteur avec unsentiment de liberté inconnu jusqu'ici. Pas mal de possibilités de ce type defiction ont été explorées dans le websoap, j'en parle plus longuement dans monprécédent entretien. Je ne citerai ici que les abonnements aux mails despersonnages, permettant de suivre ceux qu'on préfère dans la fiction présentée.Liaisons qui prendraient tout naturellement place dans le dispositif e-book plus"UMTS" tel que je le décris plus haut. Si le domaine de la fiction suit lemouvement de la convergence, on peut même imaginer des relais entre lesmédias… Un websoap écrit en ligne repris sur cet e-book "UMTS", raconté entélé d'une manière… télé, repris en MP3 pour sa partie musicale… Chaquemédia complétant selon sa spécificité le puzzle de la fiction présentée sur unmême support. Il y a un travail passionnant d'exploration à faire, et personnene semble le faire. Je parlais dans mon dernier entretien d'un projet intituléNeiges d'Anges, qui est maintenant en ligne dans Les yeux du labyrinthe. Il estlié par hypertexte à d'autres projets. Dans l'un d'eux, Elégance, une griffe defélin, le héros est confronté à un bug de son papier électronique à encrenumérique qu'un pirate s'amuse à configurer de manière absurde… S'il s'agitbien là de science-fiction, le papier et l'encre électronique sont déjà sur lemarché, de manière un peu rudimentaire. C'est la prochaine étape qui voit déjàle jour, l'après e-book. Décidément l'inventivité s'accélère de plus en plus,doit-on vraiment le regretter?

GUY ANTOINE [EN, FR, ES]

[EN] Guy Antoine (New Jersey)

#Founder of Windows on Haiti, a source of positive information about Haitianculture

[Interview 22/11/1999 // Interview 29/06/2001]

*Interview of November 22, 1999

= Can you tell us about Windows on Haiti?

At the end of April 1998, I launched an Internet site, simple in concept, butambitious in its reach and overall scope. The site aims to be a major source ofinformation about Haitian culture, and a tool to counter the persistentlynegative images of Haiti from the traditional media. The scope of this effortextends beyond mere commentary to the diversity of arts and history, cuisine andmusic, literature and reminiscences of traditional Haitian life. It ispunctuated by a different sort of guestbook where the visitor's personaltestimony of his ties to Haiti is highly encouraged. In short, the site openssome new windows to the culture of Haiti.

= What exactly is your professional activity?

For the past 20 years, my professional activity has consisted of working withcomputers in various areas: system design, programming, networking,troubleshooting, assembling PCs, and web design. Finally, my primary web site,which has almost overnight become a hub of connectivity between diverse groupsand individuals interested in Haitian culture, has propelled me into aquasi-professional activity of information gathering, social commentary,editorial writing, and evangelism for the culture of Haiti.

= How did using the Internet change your professional and personal life?

The Internet has greatly changed both my professional and personal life. Due tothe constant flow of information, I sleep very much less now than I used to. Butthe greatest change has been in the multiplicity of contacts in cultural,academic, and journalistic circles, as well as with ordinary people around theglobe, that this activity has provided me. As a result, I am now a lot moreaware of professional resources around the world, related to my activity, and ofthe surprising level of international fascination with Haitian culture,religion, politics, and literature. On a personal level, this also means that Ihave quite a few more friends than before I immersed myself in this particularactivity.

= How do you see your professional future?

I see my professional future as an extension of what I do currently: usingtechnology to enhance intercultural exchanges. I hope to associate myself withthe right group of people to go beyond Haiti, and advance towards this ideal ofone world, one love.

= What do you think of the debate about copyright on the Web?

The debate will continue forever, as information becomes more conspicuous thanthe air that we breathe and more fluid than water. These days, one can purchasethe video of a film that was released just the week before, and it will not belong before one can watch scenes from one other's private life over the Netwithout his/her knowledge. What is daunting about the Internet is that so manyare willing to do the dirty work for free, as sort of an initiation rite. Thismindset will continue to exert increasing pressures on the issues of copyrightsand intellectual property.

Authors will have to become a lot more creative in terms of how to control thedissemination of their work and profit from it. The best that we can do rightnow is to promote basic standards of professionalism, and insist at the veryleast that the source and authorship of any work be duly acknowledged.Technology will have to evolve to support the authorization process.

= How do you see the growth of a multilingual Web?

Very positively. It is true that for all intents and purposes English willcontinue to dominate the Web. This is not so bad in my view, in spite ofregional sentiments to the contrary, because we do need a common language tofoster communications between people the world over. That being said, I do notadopt the doomsday view that other languages will just roll over in submission.Quite the contrary. The Net can serve, first of all, as a repository of usefulinformation on minority languages that might otherwise vanish without leaving atrace. Beyond that, I believe that it provides an incentive for people to learnlanguages associated with the cultures about which they are attempting to gatherinformation. One soon realizes that the language of a people is an essential andinextricable part of its culture.

From this standpoint, I have much less faith in mechanized tools of languagetranslation, which render words and phrases but do a poor job of conveying thesoul of a people. Who are the Haitian people, for instance, without "Kreyòl"(Creole for the non-initiated), the language that has evolved and bound variousAfrican tribes transplanted in Haiti during the slavery period? It is the mostpalpable exponent of commonality that defines us as a people. However, it isprimarily a spoken language, not a widely written one. I see the Web changingthis situation more so than any traditional means of language dissemination.

In Windows on Haiti, the primary language of the site is English, but one willequally find a center of lively discussion conducted in "Kreyòl". In addition,one will find documents related to Haiti in French, in the old colonial creole,and I am open to publishing others in Spanish and other languages. I do notoffer any sort of translation, but multilingualism is alive and well at thesite, and I predict that this will increasingly become the norm throughout theWeb.

= What is your best experience with the Internet?

People. The Web is an interconnected network of servers and personal computers,at the keyboard of which you will find a person, an individual. This hasafforded me the opportunity of testing my ideas, acquiring new ones, and best ofall, of forging personal friendships with people far away and eventually meetingthem.

= And your worst experience?

People. I do not want to expand on that, but some personalities simply have away of getting under your skin.

* Interview of June 29, 2001

= What has happened since our last interview?

Since our last interview, I have accepted the position of Director ofCommunications and Strategic Relations for Mason Integrated Technologies, acompany whose main objective is to create tools for communications, and theaccessibility of documents created in the world's minority languages. Due to theboard's experience in the matter, Haitian Creole (Kreyol) has been a prime areaof focus. Kreyol is the only national language of Haiti, and one of its twoofficial languages, the other being French. It is hardly a minority language inthe Caribbean context, since it is spoken by eight to ten million people.

Aside from those responsibilities, I have taken the promotion of Kreyol as apersonal cause, since that language is the strongest of bonds uniting allHaitians, in spite of a small but disproportionately influential Haitian elite'sdisdainful attitude to adopting standards for the writing of Kreyol andsupporting the publication of books and official communications in thatlanguage. For instance, there was recently a two-week book event in Haiti'sCapital and it was promoted as "Livres en folie". Some 500 books from Haitianauthors were on display, among which one could find perhaps 20 written inKreyol. This is within the context of France's major push to celebratefrancophony among its former colonies. This palys rather well in Haiti, butdirectly at the expense of creolophony.

What I have created in response to those attitudes are two discussion forums onmy web site, Windows on Haiti, held exclusively in Kreyol. One is for generaldiscussions on just about everything but obviously more focused on Haití'scurrent socio-political problems. The other is reserved only to debates ofwriting standards for Kreyol. Those debates have been quite spirited and havemet with the participation of a number of linguistic experts. The uniqueness ofthese forums is their non-academic nature. Nowhere else on the Net have I foundsuch a willing and free exchange between experts and laymen debating the meritsand standards for a language in that language itself.

= How much do you still work with paper?

As little as possible, which is still a lot. If I am dealing with a documentthat I want to preserve for future reference, I always print it and catalog it.It may not be available when I am away from my home office, but when I am there,I like the comfort of knowing that I can reach for it in a physical sense, andnot rely solely on electronic backup, the reliability of the operating system,or my ISP (Internet service provider) for Internet access. So, for what Iconsider worth preserving, there is a fair amount of redundancy, and paper stillhas its place.

= What do you think about e-books?

Sorry, I haven't tried them yet. Perhaps because of this, it still appears to melike a very odd concept, something that the technology made possible, but forwhich there will not be any wide usage, except perhaps for classic referencetexts. High school and college textbooks could be a useful application of thetechnology, in that there would be much lighter backpacks to carry. But for thesheer pleasure of reading, I can hardly imagine getting cozy with a good e-book.

= What is your definition of cyberspace?

It's literally the newest frontier for mankind, a place where everyone can claimhis place, and do so with relative ease and a minimum of financial resources,before heavy inter-governmental regulations and taxation finally set in. Butthen, there will be another.

[FR] Guy Antoine (New Jersey)

#Créateur de Windows on Haiti, site de référence sur la culture haïtienne

[Entretien 22/11/1999 // Entretien 29/06/2001]

*Entretien du 22 novembre 1999 (entretien original en anglais)

= Pouvez-vous décrire Windows on Haiti?

A la fin d'avril 1998, j'ai créé un site internet dont le concept est simplemais dont le but est ambitieux: d'une part être une source d'information majeuresur la culture haïtienne, d'autre part contrer les images continuellementnégatives que les médias traditionnels donnent d'Haïti. Je voulais aussi montrerla diversité de la culture haïtienne dans des domaines tels que l'art,l'histoire, la cuisine, la musique, la littérature et les souvenirs de la vietraditionnelle. Le site dispose d'un livre d'or regroupant les témoignagespersonnels des visiteurs sur leurs liens avec Haïti. Pour résumer, il ouvre denouvelles "fenêtres" sur la culture haïtienne.

= Quelle est exactement votre activité?

Depuis vingt ans, mon activité professionnelle a trait à l'informatique:conception de systèmes, programmation, gestion de réseaux, localisation depannes, assemblage de PC et conception de sites web.

De plus, depuis que j'aiouvert mon site, il est devenu du jour au lendemain un lieu de rassemblement dedivers groupes et individus intéressés par la culture haïtienne, ce qui m'amèneà effectuer des tâches quasi-professionnelles consistant à regrouper lesinformations, écrire des commentaires, rédiger des textes et diffuser la culturehaïtienne.

= Dans quelle mesure l'internet a-t-il changé cette activité?

L'internet a considérablement changé à la fois mon activité professionnelle etma vie personnelle. Etant donné le flux constant d'informations, je dorsbeaucoup moins qu'avant. Le principal changement réside dans la multiplicité demes contacts avec les milieux culturels, universitaires et journalistiques, etavec des gens de toutes origines dans le monde entier. Grâce à quoi je suismaintenant bien plus au fait des ressources professionnelles existant de par lemonde dans ce domaine, et du réel engouement suscité à l'échelon internationalpar Haïti, sa culture, sa religion, sa politique et sa littérature. A titrepersonnel, j'ai également davantage d'amis du fait de mes activités liées àl'internet.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Je vois mon avenir professionnel dans le prolongement de ce que je fais àl'heure actuelle: utiliser la technologie pour accroître les échangesinterculturels. J'espère m'associer avec les bonnes personnes pour, au-delà deHaïti, avancer vers un idéal de fraternité dans notre monde.Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Ce sera un débat sans fin, parce que l'information devient plus omniprésente quel'air et plus fluide que l'eau. On peut maintenant acheter la vidéo d'un filmsorti la semaine précédente. Bientôt on pourra regarder sur le net, et à leurinsu, des scènes de la vie privée des gens. Il est consternant de voir qu'ilexiste tant de personnes disposées à faire ces vidéos bénévolement, comme s'ilagissait d'un rite d'initiation. Cet état d'esprit continuera de peser de plusen plus lourdement sur les questions de copyright et de propriétéintellectuelle.

Les auteurs devront être beaucoup plus inventifs sur les moyens de contrôler ladiffusion de leurs oeuvres et d'en tirer des gains. Le mieux à faire dès àprésent est de développer les normes de base du professionnalisme, et d'insistersur la nécessité impérative de mentionner pour toute oeuvre citée au minimum saprovenance et ses auteurs. La technologie devra évoluer pour appuyer unprocessus permettant de respecter le droit d'auteur.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Très positivement. Pour des raisons pratiques, l'anglais continuera à dominer leweb. Je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose, en dépit des sentimentsrégionalistes qui s'y opposent, parce que nous avons besoin d'une langue communepermettant de favoriser les communications à l'échelon international. Ceci dit,je ne partage pas l'idée pessimiste selon laquelle les autres langues n'ont plusqu'à se soumettre à la langue dominante. Au contraire. Tout d'abord l'internetpeut héberger des informations utiles sur les langues minoritaires, qui seraientautrement amenées à disparaître sans laisser de trace. De plus, à mon avis,l'internet incite les gens à apprendre les langues associées aux cultures quiles intéressent. Ces personnes réalisent rapidement que la langue d'un peupleest un élément fondamental de sa culture.

De ce fait, je n'ai pas grande confiance dans les outils de traductionautomatique qui, s'ils traduisent les mots et les expressions, ne peuvent guèretraduire l'âme d'un peuple. Que sont les Haïtiens, par exemple, sans le kreyòl(créole pour les non initiés), une langue qui s'est développée et qui a permisde souder entre elles diverses tribus africaines transplantées à Haïti pendantla période de l'esclavage? Cette langue représente de manière la plus palpablel'unité de notre peuple. Elle est toutefois principalement une langue parlée etnon écrite. A mon avis, le web va changer cet état de fait plus qu'aucun autremoyen traditionnel de diffusion d'une langue.

Dans Windows on Haiti, la langue principale est l'anglais, mais on y trouve toutaussi bien un forum de discussion animé conduit en kreyòl. Il existe aussi desdocuments sur Haïti en français et dans l'ancien créole colonial, et je suisprêt à publier d'autres documents en espagnol et dans diverses langues. Je nepropose pas de traductions, mais le multilinguisme est effectif sur ce site, etje pense qu'il deviendra de plus en plus la norme sur le web.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Certaines personnes. Le web est un réseau de serveurs et d'ordinateurspersonnels reliés les uns aux autres.

Derrière chaque clavier se trouve unepersonne, un individu. L'internet m'a donné l'occasion de tester mes idées etd'en développer d'autres. Le plus important pour moi a été de forger des amitiéspersonnelles avec des gens éloignés géographiquement et ensuite de lesrencontrer.

= Et votre pire souvenir?

Certaines personnes. Je ne souhaite pas m'étendre sur ce sujet, mais certainsont vraiment le don de vous énerver.

*Entretien du 29 juin 2001 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?

Depuis notre dernier entretien, j'ai été nommé directeur des communications etdes relations stratégiques de Mason Integrated Technologies, une société qui apour principal objectif de créer des outils permettant la communication etl'accessibilité des documents créés dans des langues minoritaires. Etant donnél'expérience de l'équipe en la matière, nous travaillons d'abord sur le créolehaïtien (kreyòl), qui est la seule langue nationale d'Haïti, et l'une des deuxlangues officielles, l'autre étant le français. Cette langue ne peut guère êtreconsidérée comme une langue minoritaire dans les Caraïbes puisqu'elle est parléepar huit à dix millions de personnes.

Outre ces responsabilités, j'ai fait de la promotion du kreyòl une causepersonnelle, puisque cette langue est le principal lien unissant tous lesHaïtiens, malgré l'attitude dédaigneuse d'une petite élite haïtienne -

àl'influence disproportionnée - vis-à-vis de l'adoption de normes pour l'écrituredu kreyòl et le soutien de la publication de livres et d'informationsofficielles dans cette langue. A titre d'exemple, il y avait récemment dans lacapitale d'Haïti un salon du livre de deux semaines, à qui on avait donné le nomde "Livres en folie".

Sur les 500 livres d'auteurs haïtiens qui étaientprésentés lors du salon, il y en avait une vingtaine en kreyòl, ceci dans lecadre de la campagne insistante que mène la France pour célébrer la francophoniedans ses anciennes colonies. A Haïti cela se passe relativement bien, mais audétriment direct de la créolophonie.

En réponse à l'attitude de cette minorité haïtienne, j'ai créé sur mon site webWindows on Haiti deux forums de discussion exclusivement en kreyòl. Le premierforum regroupe des discussions générales sur toutes sortes de sujets, mais enfait ces discussions concernent principalement les problèmes socio-politiquesqui agitent Haïti. Le deuxième forum est uniquement réservé aux débats sur lesnormes d'écriture du kreyòl. Ces débats sont assez animés et une certain nombred'experts linguistiques y participent. Le caractère exceptionnel de ces forumsest qu'ils ne sont pas académiques. Je n'ai trouvé nulle part ailleurs surl'internet un échange aussi spontané et aussi libre entre des experts et legrand public pour débattre dans une langue donnée des mérites et des normes dela même langue.

= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?

Aussi peu que possible, mais cela représente encore beaucoup de papier. Si jevois un document que je souhaite conserver en tant que document de référence, jel'imprime systématiquement et je le catalogue. Il peut ne pas être disponiblequand je suis en déplacement. Mais quand je suis dans mon bureau à la maison,j'aime savoir que je peux y avoir accès d'une manière physique, sans devoir mefier seulement à une sauvegarde électronique, au bon fonctionnement du systèmed'exploitation, et à mon fournisseur d'accès internet. De ce fait, pour ce queje considère utile de conserver, les documents sont souvent en doubleexemplaire, imprimé et numérique. Le papier joue donc encore un rôle importantdans ma vie.

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

Désolé, je ne l'ai pas encore utilisé. Pour le moment, il m'apparaît comme uninstrument très étrange, rendu possible grâce à la technologie, mais pour lequelil n'y aura pas de demande importante, hormis peut-être pour les textes deréférence classiques. Cette technologie pourrait être utile pour les manuels deslycées et collèges, grâce à quoi les cartables seraient beaucoup plus légers.Mais pour le simple plaisir de la lecture, j'imagine difficilement qu'il soitpossible de passer un moment agréable avec un bon livre électronique.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Le cyberespace est au sens propre une nouvelle frontière pour l'humanité, unendroit où chacun peut avoir sa place, assez facilement et avec peu deressources financières, avant que les règlements inter-gouvernementaux et lesimpôts ne l'investissent. Suite à quoi une nouvelle technologie lui succédera.

[ES] Guy Antoine (Nueva Jersey)

#Creador de Windows on Haiti, fuente de información sobre la cultura haitiana

*Entrevista del 22 de noviembre de 1999 (entrevista original en inglés)

= ¿Podría Ud. presentar Windows on Haiti?

A fines de abril 1998 creé un sitio Internet con un concepto simple pero con unobjetivo ambicioso: por una parte ser una fuente de información mayor sobre lacultura haitiana, por otra, oponerse a imágenes continualmente negativas que losmedias tradicionales dan de Haití. Deseo también insistir en la diversidad de lacultura haitiana en los temas tales como el arte, la historia, la cocina, lamúsica, la literatura y las memorias de la vida tradicional. El sitio tiene un"libro de oro" reagrupando los testimonios personales de los visitantes sobresus lazos con Haití. En resumen, abre nuevas "ventanas" sobre la cultura deHaití.

= ¿Podría Ud. presentar su actividad?

Desde hace veinte años, mi actividad profesional se refiere a la informática:concepción de sistemas, programación, gestión de redes, localización de averías,ensamblaje de PC y concepción de sitios web.

Además, el sitio web que creé seconvirtió de la noche a la mañana en un lugar de reunión de varios grupos yindividuos interesados por la cultura haitiana, y fui propulsado en tareascasi-profesionales que consisten en reagrupar las informaciones, escribircomentarios, redactar textos y difundir la cultura haitiana.

= ¿Cuáles son los cambios obtenidos por Internet en su actividad?

Internet cambió considerablemente tanto mi actividad profesional como mi vidapersonal. Dado el flujo constante de informaciones, duermo mucho menos queantes. El cambio más importante radica en la multiplicidad de mis contactos conlos medios culturales, universitarios y periodísticos, y con gente de diferentesorígenes en todo el mundo. Gracias a esto, estoy ahora mucho más al corriente delos recursos profesionales que existen sobre este tema, y de la verdaderaadmiración suscitada a nivel internacional por Haití, su cultura, su religión,su política y su literatura. Personalmente tengo también más amigos a causa demis actividades relacionadas con Internet.

= ¿Cómo ve Ud. su futuro profesional?

Veo mi futuro profesional en la prolongación de lo que hago actualmente:utilizar la tecnología para acrecentar los intercambios interculturales. Esperoasociarme con personas buenas fuera de Haití, con el fin de avanzar hacia unideal de fraternidad en nuestro mundo.

= ¿Qué piensa Ud. de los debates con respecto a los derechos de autor en la Red?

Será un debate sin fin, porque la información se hace más omnipresente que elaire que respiramos y más fluida que el agua. Se puede ahora comprar la video deuna película puesta la semana precedente. Pronto se podrá ver en la Red escenasde la vida privada de la gente y esto, sin que ellos mismos lo sepan.

Esdesolador ver que tantas personas están dispuestas a hacer estas películasvoluntariamente, como si se tratase de un rito de iniciación. Esta mentalidadseguirá preocupando cada vez más y de una forma excesiva las cuestiones dederechos de autor y de la propiedad intelectual. Los autores tendrán que sermucho más inventivos sobre los medios de controlar la difusión de sus obras y desacar ganancias. Lo mejor que hay que hacer a partir de ahora es desarrollarnormas básicas del profesionalismo, y de insistir sobre la necesidad imperativade mencionar, para cada obra citada, como mínimo su origen y sus autores.

Latecnología tendrá que evolucionar para apoyar un proceso que permita respetar elderecho de autor.

= ¿Cómo ve Ud. la evolución hacia un Internet multilingüe?

Muy positivamente. Por razones prácticas, el inglés seguirá dominando la Red. Nopienso que sea una cosa mala, a pesar de los sentimientos regionales que seoponen a eso, porque necesitamos una lengua común permitiendo favorecer lascomunicaciones a nivel internacional. Dicho esto, no comparto la idea pesimistasegún la cual las otras lenguas solamente tienen que someterse a la lenguadominante. Al contrario. Antes que nada Internet puede recibir informacionesútiles para las lenguas minoritarias, que de otra manera, podrían desaparecersin dejar rastros. Además, en mi opinión, Internet incita a la gente a aprenderlas lenguas asociadas a las culturas que les interesan. Esta gente se da cuentarápidamente que la lengua de un pueblo es un elemento fundamental de su cultura.

Por este hecho, no tengo mucha confianza en los instrumentos de traducciónautomática que, aunque traduzcan las palabras y expresiones, no pueden traducirel alma de un pueblo. ¿Qué son los Haitianos, por ejemplo, sin el "Kreyòl"(criollo para los no iniciados), una lengua que se desarrolló y que permitióunir entre ellas varias tribus africanas desplazadas a Haití durante el periodode la esclavitud? Esta lengua representa de la manera más palpable la unión denuestro pueblo. Sin embargo es sobre todo una lengua hablada y no escrita. En miopinión la Red va a cambiar este estado de hechos más que ningún otro mediotradicional de difusión de una lengua.

En Windows on Haiti, la lengua principal es el inglés, pero se encuentra tambiénun foro de discusión animado hecho en "Kreyól". Existen también documentos sobreHaití en francés y en el antiguo criollo colonial, y estoy listo para publicarotros documentos en español y en otras lenguas. No propongo traducciones, peroel multilingüismo es efectivo sobre este sitio, y pienso que se convertirá cadavez más en la norma sobre la Red.